Foka Mapagne
Sur un coin de l’axe reliant Goudji à Lamadji, dans le 10ᵉ arrondissement de N’Djamena, Issaka Abdoulaye peine à cacher sa colère après le passage des engins de la mairie.
Debout, ses mains ne tiennent pas sur place, il pointe régulièrement sa marchandise et son matériel sortie à la hâte et abandonné sous le soleil, pour éviter qu’elle soit endommagée par les bulldozers passées effectuer la destruction.
Le long de l’avenue, une vingtaine de boutiques, hangars et kiosques sont passés sous les coups des pelles, rendant presque déserte, cette zone naguère très animée.
Des opérations comme celle-ci sont en cours dans plusieurs quartiers de la capitale. Pour les autorités,il s’agit d’une étape vers une ville mieux organisée.
Issaka Abdoulaye encore debout devant les débris de son hangar détruit ne tarit pas de regret.
« Ce matin, lorsque nous étions en train de démonter notre hangar, une équipe communale est arrivée et l’a complètement détruit. Ils ont même emporté la meule avec laquelle nous étions en train de couper le fer. » raconte-t-il
Autour de son commerce, les tôles froissées et les fers tordus témoignent de la brutalité de l’opération. Le commerçant estime ses pertes à près de trois millions de francs CFA. Une situation qu’il juge d’autant plus incompréhensible qu’il affirme avoir construit son hangar avec l’accord préalable des autorités locales.
« Pourtant, je l’avais construit avec l’autorisation des autorités communales. Mais sans attendre, ils ont tout détruit », déplore-t-il.
À plusieurs kilomètres de là, sur l’avenue du 10 Octobre dans le 7ᵉ arrondissement, le constat est similaire. Devant son commerce désormais exposé à la chaleur, Esaïe Douka affirme n’avoir bénéficié d’aucun délai pour démonter ses installations.
Pour lui, les conséquences du déguerpissement vont bien au-delà des pertes matérielles. Elles touchent directement l’activité économique et la survie de son entreprise.
« Nous aurions souhaité être informés à l’avance afin de démonter nous-mêmes nos installations. Ce déguerpissement a eu un impact terrible sur nos revenus. J’ai perdu plus de 60 % de ma clientèle. »
Sans espace ombragé devant son établissement, les clients se font désormais rares. « Sans hangar, les clients ne peuvent plus s’asseoir à l’extérieur à cause du soleil. À l’intérieur, il fait trop chaud. Les clients sont partis », explique-t-il.
La baisse du chiffre d’affaires a également des répercussions sur l’emploi. Face à la diminution de ses revenus, le commerçant affirme être contraint de réduire ses effectifs, illustrant ainsi les conséquences sociales d’une opération qui touche principalement les petites activités génératrices de revenus.
Pour les autorités communales, ces déguerpissements répondent à une nécessité d’intérêt public. L’objectif affiché est de libérer les emprises routières, fluidifier la circulation, restituer les trottoirs aux piétons et améliorer l’assainissement de l’espace urbain. Des enjeux majeurs pour une capitale confrontée à une urbanisation rapide et à une occupation croissante du domaine public.
