Foka Mapagne
Sur l’axe Bol-N’Djamena, les transporteurs ont dû revoir complètement leur organisation. Les déplacements de nuit, autrefois fréquents, sont désormais interdits. Pour continuer à travailler, ils n’ont d’autre choix que de s’adapter aux nouveaux horaires fixés par les autorités.
« Avant l’instauration de l’état d’urgence, nous pouvions rouler librement la nuit, ce qui facilitait le transport des personnes et des marchandises. Désormais, avec les restrictions de circulation et le couvre-feu, ce n’est plus possible. Mais nous respectons scrupuleusement la mesure », témoigne Mahamat, un transporteur.
Chaque matin, ceux qui chargent leurs marchandises à Bol prennent désormais la route dès les premières heures du jour. Mais entre les contrôles renforcés pour barrer le chemin à l’insécurité et le mauvais état de la route, le temps mis sur les trajets s’allonge. Pour les produits périssables, chaque heure de retard représente une perte supplémentaire.
« Nous arrivons souvent tard à destination. Certaines marchandises se détériorent avant même d’être vendues », regrette le conducteur.
Sur les rives du Lac Tchad, les habitudes des pêcheurs ont également changé. Activité vitale pour l’économie locale, la pêche est aujourd’hui perturbée par la réduction des heures de travail et la diminution des espaces causés par l’insécurité et les mesures liées à l’état d’urgence entré en vigueur il y a un mois.
Le couvre-feu, fixé à 19h30, a profondément modifié le rythme de travail des communautés de pêcheurs. Dans plusieurs localités, l’accès à certaines zones de pêche est désormais limité. À cela s’ajoute une peur permanente, celle d’être victime d’une attaque.
« Nous ne parvenons plus à pêcher autant qu’avant et les ventes ont considérablement diminué. Avec la forte chaleur, les poissons se décomposent rapidement lorsqu’ils ne trouvent pas preneur », explique un pêcheur.
À l’approche de la nuit, les embarcations regagnent précipitamment la rive. Même lorsque les prises sont insuffisantes, les pêcheurs préfèrent rentrer pour éviter d’enfreindre le couvre-feu.
Derrière les mesures de protection, ce sont des familles entières qui voient leurs revenus diminuer.
Selon le dernier rapport trimestriel du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), plus de 16 000 personnes ont été déplacées dans la province du Lac entre janvier et mars 2026. La même période a également enregistré 109 enlèvements et une vingtaine de décès liés à l’insécurité.
