Propos recueillis par Foka Mapagne
Foka Mapagne : Quel regard portez-vous sur l’opération de déguerpissement actuellement menée sur les emprises des voies publiques à N’Djamena ?
Badou Sosthène Banda : C’est une initiative louable. Les voies publiques sont aujourd’hui occupées par de nombreuses petites activités commerciales alors qu’elles ont été prévues pour répondre aux besoins de circulation et au développement futur de la ville. Cependant, cette situation résulte aussi d’un manque de sensibilisation des populations sur l’importance de préserver ces espaces. Même si cette opération peut affecter certaines activités économiques, elle reste nécessaire pour l’intérêt général.
F M : Lorsque vous affirmez que « la voie est pensée », que voulez-vous dire exactement ?
B S B : Une ville est planifiée à partir d’études et de projections. On analyse la densité de population, son évolution future et les besoins en infrastructures. C’est sur cette base que les routes et les différents espaces urbains sont aménagés. Les emprises routières ne sont donc pas des espaces vacants destinés à être occupés.
F M : En quoi la libération de ces emprises peut-elle améliorer la circulation, la sécurité et le cadre de vie des habitants ?
B S B : D’abord en matière de sécurité. Lorsque des commerçants s’installent au bord des routes très fréquentées, le risque d’accident augmente. Ensuite, cela contribue à réduire le désordre urbain et à améliorer les conditions d’hygiène. Les activités commerciales sont importantes, mais elles devraient être exercées dans des espaces aménagés à cet effet par les collectivités locales.
F M : L’État porte-t-il aussi une part de responsabilité dans cette situation ?
B S B : Oui, en partie. Certaines occupations ont parfois été tolérées ou même autorisées dans le passé. Nous avons aussi un problème de planification à long terme. Souvent, les solutions sont recherchées lorsque les difficultés apparaissent déjà. Pourtant, la croissance démographique est rapide et devrait être davantage anticipée. La forte centralisation des activités à N’Djamena accentue également la pression sur les espaces urbains.
F M : Comment les autorités peuvent-elles concilier le respect des règles d’urbanisme avec les préoccupations sociales et économiques des commerçants touchés ?
B S B : La sensibilisation est essentielle. Le changement n’est pas seulement physique, il est aussi mental. Il faut expliquer aux populations pourquoi ces mesures sont prises et quels bénéfices elles apportent à l’ensemble de la collectivité. Beaucoup de commerçants vivent de ces activités et certains ont investi grâce à des crédits. Il est donc important d’accompagner les décisions par une communication claire et pédagogique.
F M : Si cette opération s’inscrit dans une vision globale d’aménagement urbain, quels changements les citoyens pourraient-ils observer dans les prochaines années ?
B S B : Les routes seront davantage dégagées et la circulation pourra être plus fluide. Cette démarche peut également contribuer à instaurer davantage de discipline dans l’occupation de l’espace public et à préparer l’extension future de la ville vers les zones périphériques.
F M : Quelles dispositions devraient être prises pour éviter la réoccupation des espaces libérés ?
B S B : Chaque commune devrait disposer de techniciens qualifiés, notamment des architectes ou des ingénieurs, chargés du suivi de l’occupation du domaine public. Il faut également effectuer des contrôles réguliers et informer les populations plusieurs mois avant toute opération de déguerpissement afin qu’elles puissent s’organiser. Je comprends le choc que vivent certaines personnes qui ont investi dans leurs commerces, mais lorsqu’il s’agit de l’intérêt collectif, ces mesures demeurent importantes.
