Nathalie Rassem

A Bongor, l’heure est à la préparation des terrains pour la nouvelle saison de culture du riz.

Jean Patvounsia en est conscient, et ce mercredi matin il vient d’achever une réunion de travail sur la question, avec les membres du directoire de la coopérative qu’il dirige. Objectif, mieux s’armer pour mieux faire face aux défis qui pointent à l’horizon. 

L’un de ces défis, c’est l’écoulement du riz, devenu difficile ces derniers mois. “Dans les années passées, un sac de 100 à 110 kilogrammes était vendu à 50, 60, voire 70000 F. Aujourd’hui, le prix tourne autour de 35 000f”, explique le cultivateur.

Le président du conseil d’administration du groupement des producteurs de riz du “Casier B” (nom des vastes plaines rizicoles de Bongor) improvise un tour dans les magasins, pour mesurer l’ampleur de la situation. 

Au Quartier Silé 1, il trouve un groupe de femmes décortiquant, et ensachant du riz. Juste en face d’elles, une vaste salle dans laquelle sont stockées les récoltes de la campagne précédente. Des dizaines de tonnes de riz y sont entreposées en attendant leur commercialisation.

“Par le passé, il était difficile de voir un tel stock dans nos entrepôts, mais cela ne nous empêche pas de persévérer”, explique t-il.

Irrigation difficile

Après cette visite, Jean Patvounsia démarre sa moto en direction du Casier B, où il exploite près de cinquante hectares de rizières. En cette période de contre saison, seule une partie des superficies a été mise en valeur. 

Malgré le potentiel important de la filière riz dans la région, les producteurs font face à d’autres défis de taille, parmi lesquels le coût élevé des intrants agricoles.

« Autrefois, l’accès aux intrants était plus facile. Aujourd’hui, les engrais sont devenus très chers. Un sac peut coûter jusqu’à 32 000 francs CFA, ce qui représente une charge importante pour les producteurs », déplore – t il.

Sans oublier le vieillissement des équipements et la dégradation progressive des infrastructures d’irrigation

« Leur réhabilitation nécessite des moyens financiers considérables que les producteurs ne peuvent mobiliser seuls. Malgré tout, nous continuons à faire de notre mieux pour maintenir la production ».

Variétés à cycle court

Le septuagénaire dirige une coopérative regroupant entre 1200 et 1 500 producteurs. L’organisation fondée au cours des années 1970, mise désormais sur les variétés précoces de riz, appréciées pour leur cycle de production relativement court et leur rendement élevé.

“C’est une variété précoce vulgarisée par l’ITRAD (Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement), son cycle est d’environ trois mois. Avec un bon suivi technique, le rendement peut atteindre jusqu’à sept tonnes à l’hectare”, précise-t-il.

Une adaptation avec pour objectif de “contribuer à l’augmentation de la production nationale, de renforcer la sécurité alimentaire et de mettre à la disposition des consommateurs un riz local de qualité”.

Malgré les difficultés d’écoulement, la coopérative s’appuie notamment sur des contrats avec certaines entreprises locales. Ces débouchés permettent à plusieurs producteurs de faire face à leurs charges et de s’acquitter de certaines redevances.

La région du Mayo-Kebbi Est figure parmi les principaux bassins de production rizicole du Tchad. Chaque année, la production est estimée entre 35 000 et 50 000 tonnes de riz paddy, faisant de cette zone un acteur majeur de la filière au niveau national.