Foka Mapagne

C’est une situation peu habituelle que vit Angèle Denadji. Depuis quelques semaines, la vendeuse de poisson au marché de Taradona (principal point de débarquement du poisson en provenance du Lac) à N’Djamena a été obligée de changer ses heures d’approvisionnement, en raison de l’entrée en vigueur de l’état d’urgence dans la province du Lac. 

« Avant, les poissons arrivaient entre 7 heures et 8 heures du matin et les ventes commençaient aussitôt. Aujourd’hui, nous devons souvent attendre jusqu’à 11 heures, parfois même jusqu’à midi, avant de voir arriver les transporteurs avec leur cargaison.»

Cet après-midi du 3 juin, elle est assise devant son étal, la petite bassine de poisson placée devant elle dégage une odeur qui attire les mouches. Pour elle, c’est la conséquence des arrivées en pleine chaleur, des cargaisons sortant du Lac.

« Aujourd’hui, il est devenu très difficile de trouver du poisson frais à revendre. Une grande partie des cargaisons arrive déjà détériorée », déplore-t-elle.

Au-delà des arrivées tardives, les quantités ont fortement diminué depuis quelques semaines. Selon la commerçante, le marché recevait auparavant entre quinze et vingt véhicules chargés de poisson chaque jour. Désormais, seuls six à sept transporteurs assurent encore régulièrement la liaison avec la capitale.

« La pêche a considérablement diminué dans la province du Lac. Cela explique la baisse des quantités disponibles sur le marché », affirme-t-elle.

Sous le même hangar, Maïmouna Abdoulaye a un étal presque vide, elle attribue cette baisse des approvisionnements aux restrictions de circulation et au renforcement des contrôles sécuritaires dans la région.

« Depuis les attaques, les livraisons accusent d’importants retards. Les volumes de poisson qui arrivent à N’Djamena sont bien inférieurs à ceux que nous recevions auparavant », confie-t-elle.

La raréfaction du produit se répercute également sur les prix. Les vendeuses sont obligées d’augmenter les prix des produits encore frais, pour amortir le coût de ceux reçus en mauvais état. 

« Les clients se plaignent, mais ils n’ont souvent pas d’autre choix que d’acheter malgré les prix, car le poisson est devenu rare », poursuit la commerçante.

Cette baisse de l’offre fragilise davantage les revenus des vendeurs et complique l’accès à un aliment très consommé dans les ménages tchadiens.

Actuellement, un sac de poisson frais se négocie entre 30 000 et 35 000 francs CFA, des prix qui ont plus que doublé, rendant l’achat du poisson difficile pour les ménages à faibles revenus.