Par Cindy Rayamta
Le Ministre tchadien de l’éducation nationale, Mahamat Ahmat Alhabo a participé il y a quelques jours à Bujumbura au Burundi, à la 2ᵉ Conférence panafricaine sur l’éducation des filles et des femmes. Une rencontre organisée par l’Union Africaine au cours de laquelle 400 participants étatiques, institutionnels et de la société civile d’une quarantaine de pays ont examiné les moyens de remettre l’éducation féminine au centre des politiques gouvernementales.
Les participants ont également passé en revue la première conférence organisée en 2024, et identifié les défis qui continuent de freiner l’accès des filles et des femmes à l’éducation sur le continent.
L’une des principales conclusions auxquelles les discussions ont abouti, c’est la nécessité “d’adapter les systèmes éducatifs africains aux besoins du marché du travail, tout en garantissant aux filles et aux jeunes femmes un accès équitable aux compétences qui façonneront les emplois de demain”. Ils ont également appelé les gouvernements, à consentir un meilleur investissement dans la formation de cette catégorie de personnes, rejoignant ainsi les recommandations des agendas 2030 et 2063, arrêtés respectivement par l’ONU, et l’Union Africaine, pour améliorer l’accès à l’éducation pour tous.
Le Tchad à la traîne
Les chiffres globaux de la scolarisation sont difficiles à trouver, mais en 2022, le ministère de l’éducation nationale estimait que 78% des tchadiens ne savaient ni lire, ni écrire.
Ces chiffres varient selon le sexe, et surtout, selon le fait qu’on se trouve en ville ou au village. Ces mêmes estimations de 2022, font état de ce que seuls 43% de filles en âge de scolarisation vont à l’école, contre 77% pour les garçons.
Ces chiffres chutent lorsqu’on aborde les études secondaires, avec seulement 17,9 % de filles qui abordent ce niveau d’études.
Ce qui fait du Tchad, le quatrième pays africain dans lequel les filles sont les moins scolarisées, devant la Somalie (2,7 %), le Soudan du Sud (7,8 %) et la République centrafricaine (12,5 %).
Objectifs de développement durable
En 2013, le pays a adhéré à l’Agenda 2063, le plan directeur de l’Union africaine visant le développement et la transformation du continent.
Deux ans plus tard, les autorités se sont dites prêtes à mettre en œuvre les Objectifs de développement durable (ODD), une stratégie édictée par les Nations Unies, pour favoriser le développement inclusif à travers le monde, d’ici 2030.
Sur le plan éducatif, les ODD recommandent de garantir l’accès à une éducation équitable, inclusive et de qualité sur un pied d’égalité, tout en promouvant les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
A quatre ans de la fin du délai fixé pour atteindre ces ODD, le Tchad est encore loin du compte, si l’on s’en tient aux chiffres officiels actuels sur la scolarisation des jeunes filles.
Pareil sur le plan du financement du secteur éducatif. Sur les deux dernières années, le pays a alloué respectivement 240 milliards et 273 milliards en 2025 et 2026, pour financer le secteur de l’éducation, du primaire au supérieur.
Des chiffres qui oscillent entre 10 et 11 % du budget du pays. Ce qui éloigne le pays, des objectifs des ODD qui recommande aux gouvernements de réserver au moins 15% de leurs budgets, pour financer l’éducation.
Comment remonter la pente ?
Le pays vient d’achever un plan quinquennal visant à dynamiser son éducation, et surtout, faire croître le nombre de femmes qui accèdent à l’enseignement supérieur.
Le document de stratégie nationale de l’enseignement supérieur 2021 – 2025, suggérait entre autres d’ accorder un quota de 30% aux filles à l’entrée dans les universités et dans toutes les filières, dans le but de rendre l’université tchadienne plus inclusive.
Pour le moment, aucun bilan officiel de cette stratégie n’est disponible. Le Studio Hirondelle Tchad a sollicité en vain le ministère de l’éducation nationale pour en savoir plus sur sa stratégie visant à favoriser l’accès des filles à l’école.
Dans ces efforts, le chef du gouvernement Allah-Maye Halina a annoncé la gratuité de l’inscription dans toutes les universités et institutions d’enseignement supérieur public pour les filles, pour l’année 2024-2025.
Selon des étudiantes interrogées, la mesure a été partiellement appliquée, et des experts estiment toutefois que cette mesure reste insuffisante si les filles n’atteignent pas d’abord le baccalauréat.
