Propos recueillis par Nathalie Rassem

Nathalie Rassem : le Tchad dispose-t-il d’une stratégie de développement rural ?

Bopambé Patalet : Oui. Le programme du chef de l’État prévoit plusieurs actions en faveur du monde rural. Il s’agit notamment d’accroître la production agricole et pastorale, de renforcer la sécurité alimentaire, d’améliorer les infrastructures rurales, notamment les routes, les marchés et les forages, de développer les chaînes de valeur agricoles, de la production jusqu’à la commercialisation, et de promouvoir l’industrialisation agricole.

NR : Quelle place est accordée aux jeunes et aux femmes dans cette stratégie ?

BP : Ils occupent une place centrale. Les jeunes et les femmes représentent une grande partie de la main-d’œuvre agricole. Pourtant, leur accès à la terre, au crédit, aux équipements et à la formation reste limité. Dans le Mayo-Kebbi, plusieurs groupements féminins produisent des légumes et transforment l’arachide, ainsi que de la farine enrichie à base de maïs. Ces initiatives méritent d’être davantage soutenues.

NR : Quelles sont les priorités pour développer les zones rurales  aujourd’hui au Tchad?

BP : La priorité est de renforcer l’agriculture afin d’augmenter la production, d’assurer la sécurité alimentaire et de créer des emplois. Il faut aussi améliorer les infrastructures rurales pour faciliter l’accès aux marchés. Produire ne suffit pas ; il faut également permettre aux producteurs de vendre leurs récoltes dans de bonnes conditions. Le développement de l’élevage constitue également un levier important pour diversifier les revenus des ménages.

NR : De nombreux jeunes quittent les campagnes pour les villes. Comment freiner cet exode rural ?

BP : Il est indispensable de créer de réelles opportunités économiques en milieu rural. Cela passe par la modernisation de l’agriculture, la formation des jeunes à l’entrepreneuriat agricole et un meilleur accès à l’électricité, à Internet, aux soins de santé et à l’éducation. Sans ces conditions, il sera difficile de retenir les jeunes dans leurs localités.

NR : Quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement rural ?

BP : Le manque de financement reste le principal obstacle. Les producteurs ont également un accès limité au crédit. À cela s’ajoutent les effets des changements climatiques, notamment les sécheresses et les inondations qui affectent directement les productions agricoles. Pour réussir le développement rural, il faudra investir davantage dans les infrastructures, améliorer l’accès au financement et renforcer la résilience des producteurs face aux aléas climatiques.