Foka Mapagne
Ce 28 août 2026, deux jours avant la célébration de la journée internationale des victimes de disparitions forcées, lorsque l’équipe du Studio Hirondelle Tchad lui rend visite, Serge Sotinan a une mine triste.
Malgré sa présence au travail, ce quadragénaire n’a jamais oublié la disparition de son frère aîné Noubadoum Sotinan, dont il n’a plus eu de nouvelles depuis 12 ans.
En mars 2014, Noubadoum, journaliste tchadien prend un vol en direction de Brazzaville au Congo pour une mission. Mais il marque un arrêt à Douala, au Cameroun, et c’est la dernière fois qu’il est vu par ses compagnons de voyage.
Depuis lors, sa famille affirme n’avoir reçu aucune information permettant de déterminer son sort. Aucun corps n’a été retrouvé et aucune confirmation officielle de son décès n’a été établie.
“Dans ces conditions, nous ne pouvons pas faire le deuil, dans notre tradition, cela ne se fait pas », lance Serge Sotinan.
Selon lui, la famille a entrepris plusieurs démarches depuis sa disparition. Des appels téléphoniques, des démarches administratives ainsi que des contacts avec différentes personnes et autorités du Cameroun et du Tchad n’ont pas donné de résultat. « Nous avons fait le déplacement de Yaoundé deux fois, mais les recherches ont été stériles », rapporte Serge Sotinan.
Sa mère n’a pas souhaité témoigner sur cette affaire. Pour Serge Sotinan, la famille ne peut pas considérer son proche comme mort en l’absence d’une confirmation.
« Nous vivons de l’espérance. Nous espérons qu’un jour, soit Noubadoum apparaîtra, soit on nous dise simplement : Noubadoum est décédé. Et on va faire le deuil », explique-t-il.
En 2026, Noubadoum Sotinan aurait eu 55 ans. Douze ans après sa disparition, sa famille continue de demander que les recherches se poursuivent et que les circonstances de sa disparition soient établies.
Son cas n’est pas le seul à être évoqué par les organisations de défense des droits humains au Tchad. Selon Layibé Tourdjoumane, président de l’ONG Droits de l’Homme sans Frontières, plusieurs familles tchadiennes restent confrontées à des disparitions non élucidées. Tourdjoumane évoque par exemple des personnes dont les familles sont restées sans nouvelles après les événements du 20 octobre 2022 au Tchad, lorsqu’une marche de l’opposition s’est soldée par la mort d’au moins 73 personnes.
Il cite également le cas de l’homme politique Ibni Oumar Mahamat Saleh, disparu en février 2008.
Pour le président de Droits de l’Homme sans Frontières, le manque d’enquêtes approfondies constitue l’un des principaux obstacles à l’établissement de la vérité. D’après lui, Il faut que la justice tchadienne puisse travailler concrètement, normalement et en toute indépendance.
Les enquêtes doivent permettre d’établir les circonstances des disparitions, d’identifier les éventuelles responsabilités et d’informer régulièrement les familles de l’évolution des recherches, estime-t-il.
Layibé Tourdjoumane recommande aux proches des personnes disparues de signaler rapidement les faits aux autorités compétentes.
Il les invite à conserver les informations pouvant faciliter les recherches : identité de la personne disparue, photographie, lieu et circonstances de la disparition, communications, témoignages et autres éléments disponibles.
Le responsable appelle également au renforcement des enquêtes ainsi qu’à la protection des familles, des témoins et des défenseurs des droits humains.
