Cindy Rayamta
Le Tchad observe chaque année, entre Juillet et Septembre une période dite de soudure. C’est cette période de l’année au cours de laquelle les stocks d’aliments, principalement de céréales, sont à leur niveau le plus bas dans les ménages, après que les cultivateurs ont mis sous terre les semis.
Cette période d’attente de la maturation de leurs nouvelles cultures risque d’être plus difficile cette année. Le 21 août, les autorités ont signalé, devant le Premier ministre, un déficit de réserves chez l’Office National de Sécurité alimentaire.
Le communiqué rendu public par la Primature ne donne pas la jauge exacte, mais parle d’un stock de réserve en deçà du seuil national de 100.000 tonnes, dont devrait disposer l’ONASA.
L’impact direct de ce déficit de stock n’est pas non plus déterminé par les autorités. Pourtant, les organisations d’assistance alimentaire s’inquiètent.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, Ocha, estime qu’entre 2,5 et 2,99 millions de personnes ont besoin d’assistance alimentaire depuis le mois de juillet, et ce jusqu’au mois de septembre.
Ocha prévoit une amélioration à partir du mois d’octobre, mais estime que la crise alimentaire devrait se poursuivre jusqu’au mois de janvier 2027.
Sur les près de 3 millions de personnes à risque d’insécurité alimentaire, il y a, selon Ocha, les réfugiés soudanais, les tchadiens retournés et les personnes internes dans la province du Lac.
Durant cette période, les ménages les plus pauvres sont contraints à accepter des paiements en nature, souvent à crédit, et parfois donner leur bétail en échange de denrées alimentaires, ce qui les appauvrit davantage selon les experts.
Danger sur les prochaines récoltes.
A côté de ce déficit du stock, une insécurité plane déjà sur les prochaines récoltes, en raison d’un “ déficit pluviométrique préoccupant” dans certaines provinces, alerte le communiqué de la Primature.
Ce qui est “susceptible d’affecter les productions et d’accroître les risques d’insécurité alimentaire”, poursuit le même communiqué.
En aout, Ocha alertait déjà sur “un retard notoire de l’installation des pluies” dans plusieurs provinces. Des retards allant de 10 à 30 jours, au mois de juillet 2026.
Le Lac, le Kanem, le Bahr El Ghazal, le Batha, le Ouaddaï, Wadi Fira, le Sila, Hadjer Lamis et, plus au sud dans le Salamat, le Moyen Chari et le Mandoul sont entre autres les provinces qui ont connu un retard de début de la saison pluvieuses.
Or, des pluies en retard, ce sont des activités agricoles en berne, ce qui affecte le salariat agricole. Ces personnes qui offrent leurs services dans le domaine agricole sont parmi les ménages les plus pauvres du pays, et tirent principalement leurs revenus de cette activité.
Les plans de résilience en berne
Ce n’est pas la première fois qu’un déficit de stock est signalé au Tchad. En 2023, une note d’analyse d’OCHA sur les résultats du Cadre Harmonisé, – qui est un outil d’analyse et d’identification des zones à risque et des populations touchées par
l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest et au Sahel produit par les Nations Unies et ONG d’assistance alimentaire – indiquait un bilan céréalier déficitaire de 270 163 tonnes pour la campagne 2022-2023.
Celle-ci s’est soldée par une flambée des prix sur les marchés et une forte augmentation de l’insécurité alimentaire, selon le cadre harmonisé de 2024.
Pour tenter de prévenir, cette année, le Premier ministre a recommandé à l’ONASA de renflouer ses stocks, en achetant chez les producteurs locaux, et a “appelé les partenaires à se mobiliser”.
Grâce aux stock constitués (actuellement en deçà du seuil de sécurité), l’ONASA organise des ventes ciblées à des prix subventionnés par les pouvoirs publics.
Par ailleurs, le pays tente depuis quelques années, de proposer une solution plus structurée, pour renforcer la résilience à l’insécurité alimentaire.
C’est le cas du projet “N’Djamena Fara”, censé mettre sur pied périmètre agricole dans le Hadjer-Lamis. Le projet doit entre autres aboutir à l’irrigation d’environ 5000 hectares de riz.
Annoncé en 2012, le projet a été remis sur la table en 2024 mais pour le moment, il est toujours à la phase des pourparlers. Mi juillet, le ministre de la Production et de l’Industrialisation Agricole, a eu un échange avec le président-directeur général de Mahasakthi, l’entreprise indienne qui doit piloter le projet sur le terrain, mais la date du début de la mise en place n’a toujours pas été annoncée.
