Propos recueillis par Foka Mapagne.
Foka Mapagne : Quand les violences surviennent, que peut faire une victime et surtout vers qui peut-elle se tourner ?
Me Clarisse Nomaye : La première réaction, si on est en vie, c’est de saisir les autorités judiciaires pour que la procédure judiciaire soit engagée.
Donc, la victime fait appel aux forces de l’ordre pour qu’elles constatent ce qui s’est passé et ensuite, elle dépose une plainte, afin que le bourreau réponde de ces actes devant la justice. Ça, c’est la première réaction, si on est en vie.
Maintenant, si la victime n’est plus en vie, la responsabilité revient à ses proches. Ça peut être les parents, les enfants, ou bien, toute personne qui pense que c’est nécessaire de déposer une plainte ou, du moins, de faire appel aux forces de l’ordre pour constater les faits et faire suivre la procédure devant les autorités judiciaires.
F.M : Quels sont les gestes à adopter pour se protéger et assurer sa sécurité, notamment lorsque l’auteur des violences est un conjoint, un proche ou quelqu’un de son entourage ?
Me C.N : Lorsqu’on se marie, ce n’est pas pour que ça devienne un camp de boxe. La première des choses à faire pour une victime des VBG, c’est de déposer une plainte au commissariat le plus proche et de faire constater les faits par une autorité compétente. Ça peut être des images, des enregistrements, ou toutes autres preuves. Parce que les violences, parfois, on pense que c’est simplement physique. Mais il y a aussi les violences morales.
Donc, faites des enregistrements, gardez des messages de menaces et des images des violences. En fait, tout ce que vous pensez être susceptible de mettre en jeu votre sécurité ou votre vie.
Vous faites le point sur toutes ces preuves-là, vous documentez, puis vous déposez une plainte, avec les pièces à l’appui, au commissariat ou auprès d’une structure de sécurité la plus proche. Après analyse et tout ce que les OPJ ou agents de sécurité peuvent faire comme procédure, les autorités judiciaires ou bien le procureur prendront la décision adéquate.
F .M : Quels sont donc les droits dont disposent les victimes lorsqu’elles déposent une plainte ?
Me C. N : Lorsque vous déposez une plainte, il y a deux aspects. Il y a l’aspect correctionnel. Le procureur va décider : est-ce qu’il faut poursuivre l’auteur de la violence ? S’il décide de poursuivre la personne relativement à votre plainte, le procureur et le parquet vont faire leur travail.
Mais vous avez aussi la possibilité de réclamer des dommages et intérêts par rapport à ce que vous avez subi.
Maintenant, si vous ne vivez plus, vos parents ont aussi la possibilité de réclamer, en termes financiers, des dommages et intérêts.
F. M : Que faire quand on est témoin de violences conjugales, par exemple lorsqu’il s’agit d’une amie ou d’un membre de sa famille ?
Me C. N : On doit parler à la personne concernée, parce que lorsque vous voulez déposer une plainte, on va vous demander en quelle qualité vous agissez. Donc, si vous n’avez pas qualité, on ne vous recevra pas. Il y a des associations de défense des droits humains. Elles peuvent jouer le rôle de porte-parole.
Il y a aussi le signalement. Elles peuvent également attirer l’attention du procureur. S’il y a quelque chose, s’il y a tel ou tel acte qui a été commis dans la société, est-ce que vous ne pouvez pas aussi vous saisir de cette affaire ?
Si c’est une mineure, ses parents ou bien ses tuteurs peuvent déposer la plainte en son nom. Si vous êtes voisin, parlez à la victime, parlez aux parents de la victime.
Cette histoire, on ne doit pas la laisser comme ça. Vous allez au commissariat pour signaler cela. Maintenant, au procureur de faire. Mais la première responsabilité revient aux victimes. Il faut que les victimes parlent. Il faut que les victimes dénoncent, parce que tant que vous ne dénoncez pas, personne ne sera au courant.
F.M : Parlant donc des plaintes aujourd’hui, à la suite de ces violences, on voit des plaintes publiées sur les réseaux sociaux. Comment réagissez-vous à cela ?
Me C. N : Je ne vous conseille pas cela. Les réseaux sociaux ne sont pas nos commissariats, ce ne sont pas des palais de justice. Les plaintes adressées au commissariat ne doivent pas se retrouver sur les réseaux sociaux.
Par exemple, il y a des faits. La première réaction, c’est de dénoncer sur les réseaux sociaux.
C’est vrai que, quand on dénonce sur les réseaux sociaux, ça suscite des réactions, ça suscite également des conseils. C’est bien, mais ce n’est pas fondamental.
Après cette plainte sur les réseaux sociaux, si aucune action ne suit cela sur le terrain, ça va rester une plainte sur les réseaux sociaux. Et puis, c’est une histoire qui va disparaître en vingt-quatre ou soixante-douze heures.
F .M : Maître, que conseillez-vous à une victime qui hésite à parler ou à porter plainte par peur des représailles, des pressions familiales, de la stigmatisation ou parce qu’elle pense que sa démarche n’aboutira à rien ?
Me C. N : C’est là que c’est une question de décision personnelle.
Lorsqu’on est adulte, on peut recevoir toutes sortes de pressions, de menaces, je ne sais pas, de conseils, pour ne pas aller dans un sens que l’on pense pourtant être vraiment le bon chemin. En tant qu’adulte, le dernier mot nous revient. Le dernier mot, c’est de décider de porter plainte ou pas.
