Gisèle Othomi et Emmanuel Hanranga Zoullah

Le démarrage du chantier de réhabilitation du Casier B de Bongor annoncé il y a environ 8 mois avait pourtant suscité de l’espoir chez les producteurs du riz du casier.

Mais cet espoir semble se transformer en désespoir, tant il éloigne les exploitants de leurs exploitations. Le projet prévoit notamment de remettre sur pied cet espace, principal pôle de production du riz, situé à la sortie de la ville de Bongor.

Les producteurs ont souvent évoqué des problèmes comme l’ensablement du fleuve logone, que la vaste rizière longe, réduisant les quantités d’eau qui y parviennent, surtout au niveau de la station de pompage.

En outre, les machines de pompage installées sont aujourd’hui vieilles de plus d’une vingtaine d’années, sans oublier le rétrécissement des allées entre les carrés, en raison de l’érosion.

Des problèmes impactant la production du riz dans la zone, et dont la résolution a été évaluée par les exploitants à plus de trois milliards de Francs CFA il y a quatre ans.

 Mais le démarrage annoncé en janvier dernier a déjà causé un premier manque à gagner chez  les producteurs. 

« Nous n’avons pas produit pendant la saison sèche. Jusqu’à présent, rien n’est clair pour nous. Est-ce qu’il faut aller produire ou il ne faut pas ? Parce qu’on n’a pas de moyens. La situation perdure depuis plusieurs mois », laisse entendre un riziculteur.

Sans exploitation de leurs terres, certains producteurs craignent une détérioration de leur situation économique. « Nous n’avons rien à manger. Si nous avions fait la campagne chaude, nous aurions du riz pour subvenir à nos besoins. L’État a promis une amélioration et, jusqu’à présent, rien.  Cela joue vraiment sur nos conditions de vie. », souligne un autre producteur.

Pour Jean Vatvounsia, président du conseil d’administration de la coopérative casier B, les riziculteurs de Bongor s’activent pour sauver la campagne humide.

« Nous ne pouvons pas laisser passer la campagne humide. C’est pourquoi nous avons tenu une réunion du conseil d’administration pour relancer les activités de la campagne humide 2026.  Nous n’avons pas fait la campagne chaude et cela nous affecte déjà. Certains producteurs ont déjà perdu le peu de leurs stocks », fait-il savoir.

Face à ces inquiétudes des producteurs de riz, les services techniques tentent de trouver des solutions.  Le chef de secteur de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), Ouaneu Ignatong, invite les producteurs à s’organiser afin de préparer la campagne agricole humide.

 « La production de riz de contre-saison du casier B crée beaucoup d’emplois.  Si nous avons perdu une saison, c’est très regrettable. Nous ne voulons plus que, pour la saison humide, les mêmes choses se répètent. Nous voulons que les producteurs se préparent pour aborder cette saison ».

Du côté des autorités locales, des assurances sont données. « La réhabilitation du casier B est un projet du ministère de l’Agriculture à travers le projet de gestion des ressources naturelles. Ils avaient promis aux producteurs que les travaux reprennent en mars ou en avril après leur premier passage. Mais depuis lors, plus rien. Ces travaux affectent les ménages, parce que la culture du riz est l’activité principale. Nous invitons les producteurs à continuer à travailler », conseille Philippe Blansia, délégué provincial de production et de l’industrie agricole.

Pour les producteurs, le casier B représente bien plus qu’une simple parcelle agricole. Il constitue une source de revenus et de moyen de subsistance. Ils espèrent désormais une reprise rapide des travaux. 

Lors de sa tournée vers le sud du pays, le ministre de la Production et de l’industrialisation agricole, Keda Ballah, a échangé avec les agriculteurs de Bongor sur les difficultés rencontrées au cours de cette campagne. Il a instruit les cadres de son département de mettre la main à la pâte pour changer la donne.