Cindy Rayamta et Parfait Ndo-dangsou

Selon les démographes, un recensement est une opération au cours de laquelle tous les habitants d’un pays sont dénombrés, avec en plus, un inventaire de leur type d’habitat.

Le processus est exigeant, demandant une préparation miteuse, et un dispositif lourd sur le terrain. Pour des territoires vastes comme le Tchad, plusieurs dizaines de milliers d’agents sont mobilisés pour sillonner toutes les 23 provinces.

Les normes internationales fixées par les Nations Unies recommandent d’organiser de telles opérations tous les 10 ans, pour permettre aux Etats d’avoir des données actualisées sur leurs populations.

Mais très peu de pays parviennent à tenir le rythme recommandé, en raison du coût élevé et de la logistique qui va avec. Le Tchad par exemple n’a réussi à l’organiser que deux fois depuis son indépendance.

A quoi sert un RGPH ?

Grace à son caractère exhaustive, le recensement permet aux autorités de disposer de l’effectif total de la population, sa répartition par sexe, âge, situation matrimoniale et niveau d’instruction, mais aussi les conditions de logement et l’accès des ménages aux services de base notamment l’eau, l’électricité, la santé…

Dans un communiqué publié la veille du lancement de l’opération de dénombrement, le président de la commission nationale de la population Tahir Hamind Nguilin, par ailleurs ministre des finances, a appelé les tchadiens à « répondre avec sincérité aux questions des agents recenseurs sur le terrain ».

Il explique que les données récoltées permettraient au Gouvernement de mieux planifier les infrastructures scolaires, sanitaires et routières, d’améliorer l’accès à l’eau potable…

Qui fait quoi pendant ce recensement ?

Le nombre d’agents déployés pour RGPH3 varie en fonction des sources. Les prises de paroles officielles sur le sujet, évaluent entre 35 000 et 37000 personnes déployées pour la circonstance.

Leur répartition n’a pas été rendue public, mais la plus grande partie est constituée d’agents recenseurs, qui collaborent avec des contrôleurs et des superviseurs.

Ce premier palier est chapeauté par le bureau de coordination, qui se charge de l’organisation matérielle.

Une fois les données remontées, elles sont mises à la disposition de l’Institut Nationale de la Statistique, des Etudes Economiques et Démographiques INSEED qui assure la supervision globale des opérations.

L’INSEED s’occupe également de la validation des données, de la gestion financière et des relations avec le gouvernement et les partenaires techniques et financiers.

Avec qui l’Etat coopère ?

L’opération a demandé plusieurs étapes méthodologiques et pratiques pour être mise en place et pilotée dans sa phase pratique.

L’Etat tchadien à lui tout seul ne dispose pas de toutes les ressources financières et humaines pour la mener. Il a donc dû recourir à des partenaires sur le plan international.

La Banque mondiale est par exemple présentée comme le principal financier de l’opération. Nous avons sollicité en vain sa représentation au Tchad pour avoir une estimation de son apport.

La Banque Africaine de développement, elle, cofinance le programme dans le cadre de ses appuis aux infrastructures institutionnelles et au renforcement des capacités statistiques en Afrique.

Mais l’intervention internationale dans ce recensement est coordonnée par le Fonds des Nations Unies pour la population, l’UNFPA qui reste le principal bras technique.

L’on apprend de sources internes que c’est elle qui a supervisé les méthodologies de collecte, elle a mobilisé l’expertise démographique et gère l’accompagnement opérationnel sur le terrain.

C’est aussi elle qui a fourni l’outil informatique utilisé, travaillé dans la formulation des questionnaires de terrain et accompagné la formation des agents devant servir pendant la procédure.

C’est quoi l’innovation cette année ?

© Présidence de la République

Par le passé, les agents recenseurs étaient dotés uniquement de formulaires en papier. Cette année, ils disposent de tablettes équipées d’un programme informatique dénommé Système CAPI.

Sur ce système, un questionnaire est déjà codifié pour collecter une variété de données : taille des ménages ; niveaux d’instruction, activités économiques etc.

Selon l’explication officielle, le système programmé sur les tablettes des agents intègre des mécanismes automatiques de détection d’erreurs et d’avertissements qui permettent de corriger les incohérences en temps réel pendant la collecte.

Combien le RGPH3 va coûter ?

©Ministère des Finances

Jusqu’ici, les autorités ont communiqué un chiffre : 9,46 milliards pour cette opération que les Nations Unies présentent comme la plus ambitieuse de l’histoire du Tchad. Au lancement de la phase préparatoire de cette activité en 2020, le Conseil national de la population, avait annoncé un budget de 40,8 milliards de FCFA.

Si le coût global des opérations de 2026 s’élève réellement à 9,4 milliards de FCFA, il est en deçà du coût du précédent recensement. A titre de comparaison, celui de 2009 qui avait mobilisé quelque 20.000 agents toutes catégories confondues, soit 17000 agents de moins que celui de 2026, avait coûté 15 milliards de FCFA au trésor public.

A quand les résultats ?

Au moment où nous publions cet article, aucun programme de publication n’a été rendu public. Nous avons essayé d’en savoir plus auprès du bureau de coordination du recensement, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Selon la méthodologie des recensements, la collecte des données sur le terrain n’est qu’une étape intermédiaire. Donc, la fin de cette étape ne marque pas la fin du processus.

Le Manuel de gestion des recensements publié par les Nations Unies, recommande la publication des résultats préliminaires, 3 à 6 mois au plus tard après la collecte.