Nathalie Rassem
Selon le Dr Blaise Ahmat-Lara, chirurgien maxillo-facial au CHU de Référence Nationale de Ndjamena, plusieurs facteurs favorisent l’apparition des tumeurs malignes. Parmi les plus fréquents figurent la consommation excessive d’alcool et de tabac, une mauvaise hygiène bucco-dentaire ainsi que certaines infections virales.
Souvent méconnues du grand public, ces tumeurs peuvent évoluer rapidement et entraîner de graves complications lorsqu’elles ne sont pas détectées à temps.
Des signes d’alerte à ne pas négliger
Les premiers symptômes se manifestent généralement par l’apparition d’une masse ou d’un gonflement au niveau du visage. Une mobilité inhabituelle des dents peut également constituer un signal d’alerte.« Ces tumeurs évoluent souvent très rapidement et peuvent s’accompagner de douleurs, de saignements ou encore de troubles neurologiques », explique le spécialiste.
Face à ces symptômes, une consultation médicale précoce est essentielle afin de poser rapidement un diagnostic et d’augmenter les chances de réussite du traitement.
Une prise en charge limitée par le manque d’infrastructures
Le traitement des tumeurs malignes repose sur une approche multidisciplinaire faisant intervenir plusieurs spécialistes, explique Dr Ahmat-Lara. La stratégie thérapeutique dépend principalement du stade d’évolution de la maladie.
« Lorsque la tumeur est détectée suffisamment tôt, le traitement peut débuter par une intervention chirurgicale visant à retirer la masse tumorale. La chirurgie est généralement suivie d’une chimiothérapie destinée à éliminer les cellules cancéreuses résiduelles. Dans certains cas, une radiothérapie est également nécessaire pour compléter la prise en charge », explique le Dr Ahmat-Lara Blaise.
Si la chirurgie et la chimiothérapie sont disponibles au Tchad, la radiothérapie demeure indisponible. Les patients qui en ont besoin sont donc contraints de poursuivre leur traitement à l’étranger, notamment au Cameroun, au Maroc ou en Europe.
Une situation qui engendre des coûts importants et reste inaccessible pour de nombreuses familles. « L’absence de radiothérapie constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à une prise en charge optimale des patients atteints de cancer », souligne le praticien.
Le retard de consultation réduit les chances de guérison
Au-delà du manque d’équipements spécialisés, les médecins déplorent le retard avec lequel de nombreux patients se présentent à l’hôpital. « Beaucoup ont d’abord recours à l’automédication ou aux traitements traditionnels avant de consulter. Ils arrivent souvent lorsque la maladie est déjà à un stade avancé, ce qui complique considérablement les traitements », déplore le Dr Ahmat-Lara Blaise.
Pour les spécialistes, cette prise en charge tardive limite les options thérapeutiques disponibles et réduit les chances de survie des patients.
Miser sur la prévention et le dépistage précoce
Bien qu’il soit impossible d’éliminer totalement le risque de développer une tumeur maligne, certaines mesures permettent de le réduire.
Les médecins recommandent notamment d’éviter la consommation de tabac et d’alcool, d’adopter une bonne hygiène bucco-dentaire grâce à un brossage régulier des dents, de consulter rapidement en cas de symptômes suspects et de dépister précocement certaines infections virales.
Pour le Dr Blaise Ahmat-Lara, la sensibilisation de la population et le diagnostic précoce demeurent les leviers les plus efficaces pour améliorer la prise en charge des patients et réduire la mortalité liée aux cancers au Tchad. « Plus la maladie est détectée tôt, plus les chances de guérison sont élevées », rappelle-t-il.
Le spécialiste plaide également pour un renforcement des capacités du système sanitaire national, notamment à travers la création d’un centre de radiothérapie, afin d’éviter aux patients des évacuations sanitaires coûteuses et d’améliorer l’accès aux soins spécialisés dans le pays.
