Parfait Ndo-dangsou

Selon les informations du Studio Hirondelle Tchad, plusieurs organisations d’aide aux réfugiés ont commencé à quitter la zone de Goré, dans le sud du Tchad.

Cette ville du sud tchadien, située à une vingtaine de kilomètres de la frontière centrafricaine, abrite l’un des plus  grands camps d’accueil de réfugiés centrafricains au Tchad.

Ces départs d’organisations humanitaires sont le signe annonciateur d’une vague de départs des pensionnaires de ce centre; 60.000 ressortissants centrafricains sont concernés, sur un total d’environ 140.000 disséminés à travers le Tchad.  

Selon les chiffres du Haut commissariats des Nations Unies pour les réfugiés HCR, la courbe des rapatriements de centrafricains réfugiés majoritairement dans les pays d’Afrique centrale a pris une tendance haussière ces trois dernières années : 16 mille en 2024, 21 mille l’année dernière, et 60 mille annoncés cette année, uniquement pour le Tchad.

Pour Hélène Ngo, administratrice adjointe chargée de communication au HCR N’Djamena, la situation sécuritaire en République centrafricaine s’améliore par endroits, encourageant certains réfugiés à envisager un retour. 

Cette dynamique est soutenue par une volonté politique régionale, explique le HCR, notamment la déclaration de Yaoundé de 2022 et un accord tripartite entre le gouvernement centrafricain, le Tchad et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés pour encadrer les retours volontaires.

L’Enquête de 2025 menée au Tchad révèle que plus de 61 000 réfugiés souhaitent rentrer, motivés par la recherche de stabilité, d’autonomie et de dignité. 

« Le processus de rapatriement est progressif et volontaire. Il inclut des entretiens individuels, des informations sur les zones de retour, des visites exploratoires et une préparation logistique » rapporte Helen Ngo. 

Les candidats du retour en terre centrafricaine emporteront avec eux des acquis développés au Tchad tels que les métiers et les activités économiques. Ce qui, d’après la porte parole du HCR, facilitera leur réintégration en Centrafrique. Quant à ceux qui restent, le HCR continuera de soutenir leur inclusion socio-économique ainsi que celle des communautés hôtes.

Une insertion socio-économique difficile

Treize ans après le début de la crise militaro-civile en Centrafrique, des milliers de réfugiés vivent toujours au sud du Tchad, notamment à Goré. Leur insertion socio-économique reste un défi majeur. 

Selon la Revue Fulbright-Afrique de mai 2025, l’accès à l’emploi y est particulièrement difficile, en raison de la rareté des opportunités et d’un contexte de pauvreté généralisée dans la communauté hôte.

Si certains réfugiés parviennent à survivre grâce à de petites activités agricoles ou commerciales, seuls 8 % accèdent à un emploi formel. Les secteurs de l’éducation et de la santé concentrent l’essentiel des emplois salariés, avec respectivement 33 % et 22 %, favorisés par la présence d’écoles et de centres de santés dans les camps. Ces postes, souvent occupés par des réfugiés qualifiés, sont majoritairement proposés par des ONG, sous le statut de volontaires.

Où s’installent les retournés?

Source : UNCHR

Plusieurs dizaines de milliers de centrafricains ont regagné leur pays d’origine depuis 2017, en provenance de plusieurs pays limitrophes, où ils s’étaient réfugiés.

Selon les données que le Studio Hirondelle Tchad a consultées, la ville de Bangui est la localité qui accueille le plus de retournés. 

Vient ensuite Mongoumba, une ville située non loin du point de jonction des frontières entre la RCA, la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo.

On peut également citer Berbérati, dans le Sud-ouest, près de la frontière avec le Cameroun, et Bouar, qui longe l’axe stratégique reliant le Centrafrique et le Cameroun.