Foka Mapagne
Mardi 30 juin, le Premier Ministre Allamaye Halina a une mine grave. Il a décidé de “surseoir aux parapheurs, pour constater les dégâts causés par la pluie”.
On est le lendemain d’une des premières pluies d’une saison qui pourrait connaître des averses excédentaires selon les prévisions.
Le cortège du Chef du Gouvernement s’ébranle dans plusieurs artères colonisées par des flaques et mares d’eau. Les 1er, 3e, 7e, 8e, 9e sont passés en revue par son équipe.
Les pieds dans la boue, avec en toile de fond une mare d’eau à Amriguébé, dans le 7ème arrondissement, le premier ministre a rompu avec le langage diplomatique.
“ Le Comité National de gestion et de prévention des inondations n’a pas travaillé, ça, je le dis clairement”, lance d’un ton ferme le chef du Gouvernement, révélant par exemple que dans la zone, des caniveaux sont enfouis sous terre depuis 14 ans, causant des inondations, et que le comité de gestion n’a pas alerté sur la situation.
Curage des caniveaux
Si le Chef du Gouvernement évoque ces caniveaux bouchés, c’est dire qu’il s’agit d’un des soucis majeurs dans la lutte contre les inondations.
Ces installations prévues aux abords des rues bitumées se bouchent en saison sèche, en raison des tempêtes de sable, mais aussi à cause des ordures ménagères, et demandent à être curés chaque année.
L’activité a été inscrite dans un vaste programme du gouvernement lancé en 2023, et dénommé Projet Intégré pour la Lutte contre les Inondations et la Résilience Urbaine à N’Djaména, financé par la Banque mondiale à hauteur de 150 milliards de dollars, 86, 2 milliards de Francs CFA.
“Bien que les travaux se poursuivent sur le terrain, force est de constater que plusieurs quartiers sont inondés”, a noté le Premier ministre.
Une digue qui traine
Walia, dans le 9ème arrondissement, fait face à un autre problème. Le quartier est bâtie au bord du Chari, un fleuve qui longe la capitale tchadienne.
Selon les experts, la zone est argileuse, donc, ne favorise pas l’assèchement des eaux pluviales. Bien plus, elle est constituée d’une légère pente, qui favorise l’écoulement des eaux vers la ville.
Pour protéger les habitations, une digue d’une longueur de 30 kilomètres pour un coût de 22 milliards de Francs CFA a été annoncée, mais peine à être livrée.
La zone a été l’une des plus touchées en 2024, lorsque des inondations record qui ont touché le pays, ont affecté près de 2 millions de personnes, faisant 576 morts, selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies OCHA.
Canaux de drainage
Cette infrastructure n’est pas la seule à ne pas jouer pleinement son rôle. C’est aussi le cas du canal Chari-mongo, construit il y a une vingtaine d’années, il a pour principale mission de drainer les eaux des 7ème et 8ème arrondissements, pour les déverser dans le fleuve Chari.
Mais l’infrastructure est aujourd’hui dépassée par les quantités d’eau, et ne réussit plus à remplir efficacement sa mission, en raison notamment à cause de la dégradation des collecteurs secondaires, le dépôt d’ordures dans les canaux et l’envahissement de certains tronçons par la végétation.
Parallèlement, le gouvernement poursuit les travaux de construction du canal des Jardiniers, un ouvrage lancé en 2023 et présenté comme l’un des principaux projets destinés à renforcer la résilience de la capitale face aux inondations. Selon les autorités, le chantier est en phase d’achèvement. Mais avant même d’être livré, il connaît déjà les mêmes difficultés que celui de Chari-Mongo.
Malgré ces précédents, le pays ne dispose pas encore, à ce stade de l’année 2026, d’un plan national de contingence consacré à la gestion des inondations, lors que les services météorologiques annoncent une poursuite des précipitations au cours des prochaines semaines, les premières inondations de la saison constituent un test pour les dispositifs de prévention.
