Parfait Ndo-dangsou
C’est l’histoire d’un soldat tué au combat, qui vire à une violente dispute sur son héritage. Le film de 85 minutes s’ouvre par une scène de vie réelle, celle de l’annonce du décès de l’ancien président tchadien Idriss Deby Itno, représentant dans le film, le décès au front de Zemaye, un soldat haut gradé.
L’annonce crée immédiatement une dispute entre Yérima son frère et Saboura sa fille. Le frère du défunt, un polygamme ancré dans la tradition, initie un stratagème, dont le but est d’écarter de l’héritage sa nièce, une jeune étudiante, pourtant désignée comme unique héritière de son père.
Mais son oncle affirme vouloir protéger les biens de la familles, en les éloignant d’une jeune femme qu’il estime éloignée des traditions. Yérima fait des traditions patriarcales son allié, allant jusqu’à tenter de donner sa nièce en mariage chez l’un de ses amis, mais tout ne se passe pas comme prévu.
Le scénario est parsemé d’éclats de voix et de disputes entre les deux personnages principaux. Mais aussi des scènes de harcèlement psychologique, de tensions et de violences physiques ou économiques orchestrée par le frère du défunt contre sa nièce.
En face, la jeune dame est consciente de ses droits, et se choisit comme adjuvants, la société civile et les médias, pour faire du combat contre le patriarcat un combat public, et progressivement, elle réussit son coup.
L’histoire se dénoue par la mort par lapidation de Yérima, après un jugement populaire, et la fille reçoit ce qui lui revient de droit.
Distinctions et difficultés
Sorti en février 2025, le film soulève au-delà des conflits de succession, des problèmes comme le patriarcat, le choc entre tradition et modernité, mais aussi, la spoliation des femmes, et la puissance de la société civile.
Le 10 octobre 2026 à Cotonou, la réalisation a obtenu le KAMA d’argent lors de la 6eme édition du festival des rencontres cinématographiques et culturelles. Le prix récompense la meilleure production cinématographique, parmi les films en compétition. C’est la quatrième distinction du genre après le prix de meilleurs long métrage du festival “émergence” au Togo, le prix de la meilleure interprétation féminine au festival “Bangui fait son cinéma” et le Téné d’argent au Niger; un prix qui récompense les films qui traitent des questions des Droit de l’Homme.
Pour le réalisateur Aaron Padacké Zégoubé, le choix de ce sujet est loin d’être anodin. “En arabe tchadien, Warasa veut dire l’héritage, c’est quelque chose de très problématique aujourd’hui. Nous avons pensé que le cinéma comme arme, comme moyen de communication, peut aborder ces sujets-là”. explique t-il.
Mais faire du cinéma au Tchad reste un défi. Financement des productions, manque de structures adaptées, absence d’une école nationale de cinéma et difficultés de distribution : les obstacles demeurent. Pour produire Warassa au Tchad, Aaron Padacké Zégoubé a dû chercher du matériel a l’etranger. Pour lui, décrocher un prix ne suffit pas : il faut permettre au film de rencontrer son public et aux professionnels de vivre de leur métier. “La partie la plus difficile, c’est de mobiliser les moyens qu’il faut pour que l’image soit bonne, pour que le son soit bon et que la lumière que nous voulons créer un peu partout soit aussi de lumière que souhaitons” confie le cinéaste.
Il informe que des énergies nouvelles et positives sont en train d’être créées pour faciliter la mise en place de structures de promotion des films. Le réalisateur plaide aussi pour une véritable chaîne de production, de la formation à la diffusion. Il mise également sur les Ateliers Toumaï, un laboratoire de développement et de coproduction qui accompagne des projets cinématographiques issus de onze pays.
Son ambition : contribuer à l’émergence d’un cinéma tchadien capable de raconter ses propres histoires et de faire entendre sa voix au-delà des frontières.
“ Je suis parmi les premiers acteurs parce que j’ai créé ce qu’on appelle les ateliers de Toumaï. De là, il y a eu des projets tchadiens qui ont bénéficié d’une résidence d’écriture en France.’’ se targue t-il. Un engagement qui s’appuie sur quinze années d’expérience dans l’audiovisuel. Formé au cinéma en Algérie, Aaron Padacké Zégoubé a ensuite rejoint la télévision, où il a développé son savoir-faire.
Warassa, son deuxième long métrage a été présenté au FESPACO, récompensé à Lomé et désormais distingué à Cotonou. Et Aaron Padacké Zégoubé ne compte pas s’arrêter là. Il prépare déjà un nouveau long métrage de fiction, cette fois dans le décor du désert.
