Parfait Ndo-dansou et Gisèle Othomi

Kournari, une localité située à 35  kilomètres de la ville de N’Djamena, Judicaël Djihonmadji y exploite près d’une quinzaine d’hectares de terres agricoles.

Cette année, les pluies semblent se faire désirer et en cette fin de matinée, le soleil est plutôt au rendez-vous mais le trentenaire n’est pas inquiet. 

D’un pas alerte, il se dirige vers un coin de sa vaste exploitation, tourne un levier, et le processus de remplissage de deux containers est lancé. En même temps, de l’eau ruisselle pour arroser un carré réservé aux légumes, situé en contrebas. 

Entre les parcelles, des tuyaux serpentent le sol sablonneux. Ce réseau de tuyaux permet d’acheminer de l’eau vers les différentes parcelles sans que Judicaël ne la transporte manuellement. 

Cette installation, il l’a depuis deux ans. La mise en place du dispositif a coûté cinq millions de francs CFA, une somme difficilement accessible pour de nombreux producteurs de la zone selon lui.  

« Ce forage m’a été offert. Ce que j’ai, ne me permet pas de mettre un forage sur place. Et là même, je pense que ça demande encore à renforcer. Sauf que je n’ai pas de moyens. »

Judicaël Djihonmadji confie que c’est grâce au financement d’un proche qu’il a obtenu cette installation qui lui facilite aujourd’hui la tâche. Elle lui permet de mieux maîtriser ses périodes de production et de ne plus dépendre des pluies pour cultiver.

Sur ses treize hectares de terres cultivables entièrement entourés de grillage, seuls quatre sont exploités aujourd’hui. L’agri-preneur avoue ne pas pouvoir aller au-delà pour le moment, son adduction d’eau ne lui permettant pas de couvrir l’ensemble de son espace.  

Les forages coûtent cher

Malgré cela, il réussit à diversifier ses cultures. Du maïs, du sorgho et de l’arachide y poussent. Son ambition est d’augmenter les surfaces cultivables. Mais pour y parvenir, il compte sur l’aide des autorités.  

« Le message que je lance au décideur, c’est de se tourner vers nous. Nous qui travaillons la terre. Sans eau, nous ne pouvons pas bien labourer. Qu’ils nous installent des forages d’eau pour nous permettre de faire des cultures maraîchères avec des systèmes d’irrigation », plaide-t-il.

Aujourd’hui, le coût de réalisation d’un forage varie entre 600 000 et  750000 F CFA. Ce coût s’envole si l’on ajoute des dispositifs d’irrigation, comme c’est le cas pour Judicaël. Une somme qui n’est pas à la portée de tous.  

Lors du dernier forum africain de l’eau placé sous le thème “De la vision à l’action” qui a réuni cinq chefs d’Etats et plusieurs experts du secteur mi-juillet dernier à N’Djaména, le chef de l’État Mahamat Idriss Déby Itno a déclaré que “l’accès à l’eau ne doit plus être un luxe’’. Plusieurs promesses ont été faites. Mais sur le terrain la population attend des solutions concrètes.

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Pluviométrie capricieuse

Cette année, alors que les Nations Unies alertent sur hausse de la population ayant besoin d’assistance alimentaire, les autorités ont exprimé leur inquiétude quant à la rareté des pluies et leurs conséquences sur les prochaines récoltes.

Le 8 septembre, le gouvernement a annoncé le déploiement de missions de terrain pour « évaluer l’impact » du déficit de pluies qui touche certaines provinces du pays et « apporter des solutions ».

Bien que N’djamena et ses environs, dont Kournari – où  Judicaël cultive – ont été moyennement arrosés, la situation semble plus préoccupante dans d’autres provinces.

Les Nations Unies citent notamment le Lac, le Kanem, le Bahr El Ghazal, le Batha, le Ouaddaï, Wadi Fira, le Sila, Hadjer Lamis, le Salamat, le Moyen Chari et le Mandoul comme étant les plus touchées.

Dans un communiqué daté du 21 août, la primature estimait déjà que le déficit de pluies était “susceptible d’affecter les productions et d’accroître les risques d’insécurité alimentaire”.

Dans un pays où l’agriculture dépend encore des précipitations, Judicaël montre l’importance de l’irrigation. Grâce à une adduction d’eau maîtrisée, il a réussi à transcender les effets du changement climatique et à pérenniser une activité qui est saisonnière pour des millions de ses compatriotes.