Succès Djimtebaye

« Au début, tout semblait fonctionner », raconte ce jeune Tchadien. Comme d’autres utilisateurs, il dit avoir été séduit par SKEM, une plateforme présentée comme une opportunité d’investissement à la fois rentable et accessible. Mais ce qui s’annonçait comme une source de revenus s’est, selon lui, progressivement transformé en désillusion.

Le principe paraissait simple : déposer une somme d’argent, souvent via Airtel Money ou Moov Money, puis attendre les bénéfices. Les montants d’entrée commençaient à partir de 10 000 francs CFA, avec des formules d’investissement de plus en plus élevées. Pour convaincre les nouveaux inscrits, certains utilisateurs affirment avoir pu retirer de petites sommes dans les premiers jours.

Puis, le scénario a basculé. Des retraits bloqués, des frais supplémentaires demandés pour « débloquer » les comptes, avant que l’application ne devienne inaccessible. Pour plusieurs victimes, l’histoire rappelle douloureusement d’autres plateformes disparues après avoir suscité beaucoup d’espoir, notamment Bitcoin, Brakes Supply Chain et bien d’autres.

SKEM : des zones d’ombre

Dans le cas de SKEM, il n’a pas été possible de vérifier de manière indépendante que la plateforme disposait d’un agrément pour collecter des fonds ou proposer des placements au Tchad. Cette absence de transparence doit inciter à la prudence.

Avant de confier son argent à une entreprise, il est essentiel de savoir qui la dirige, où elle est enregistrée, quelle est son activité réelle et sous quelle autorité elle exerce. Une plateforme sérieuse doit pouvoir fournir des informations claires, vérifiables et cohérentes sur son fonctionnement.

L’État, les régulateurs, les opérateurs de mobile money et les plateformes numériques ont également un rôle à jouer. Face aux plaintes et aux signaux d’alerte, une réaction rapide aurait permis de limiter les pertes : identification des promoteurs, contrôle des flux financiers et information du public.

© Cleerly

Un scénario qui rappelle les pyramides de Ponzi

Dans le cas de SKEM, les témoignages font état d’un mécanisme qui rappelle celui des pyramides de Ponzi : des promesses de revenus rapides, des retraits possibles pour certains utilisateurs au départ, puis des difficultés croissantes pour récupérer son argent.

Dans ce type de système, les gains versés aux premiers inscrits peuvent provenir des dépôts effectués par les nouveaux membres, plutôt que d’une activité économique clairement identifiée. Tant que de nouvelles personnes investissent, la plateforme peut sembler fonctionner normalement. Mais lorsque les dépôts diminuent ou que les demandes de retrait se multiplient, le mécanisme risque de s’enrayer.

Les retraits bloqués et les frais réclamés pour « débloquer » un compte sont des signaux qui doivent inciter à la prudence. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de qualifier juridiquement une plateforme d’arnaque, mais ils justifient une vérification approfondie de ses activités, de ses responsables et de ses autorisations.

De nouveaux noms circulent

Après l’affaire SKEM, d’autres noms gagnent déjà du terrain dans les groupes WhatsApp, sur Facebook et dans les discussions entre jeunes : CPA Miner et 235 Cattleman, notamment. Ces plateformes sont présentées, selon les cas, comme des opportunités liées au minage, à l’élevage, au commerce ou à des revenus générés en ligne.

Leur présence dans les conversations ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une fraude. Mais leurs promesses doivent être examinées avec rigueur, surtout lorsqu’elles reposent sur des rendements très élevés, le recrutement de nouveaux membres ou des dépôts versés par mobile money sans garanties clairement établies.

La prudence s’impose d’autant plus que certaines plateformes utilisent désormais des habillages plus convaincants : applications mobiles soignées, groupes WhatsApp ou Telegram très actifs, faux témoignages de réussite, prétendus partenariats et documents administratifs difficiles à authentifier. L’apparence professionnelle d’un site ou d’une application ne garantit ni sa légalité ni la sécurité de l’investissement.

Les réflexes à adopter

Pour éviter le piège, quelques questions simples peuvent faire la différence :

  • Se méfier des gains rapides, garantis et sans risque.

  • Vérifier l’existence légale de l’entreprise, son adresse, ses responsables et ses autorisations.

  • Refuser la pression qui pousse à investir immédiatement pour ne pas « rater l’occasion ».

  • Ne jamais transmettre ses documents d’identité, ses données bancaires ou ses codes secrets à une plateforme non vérifiée.

  • Se méfier des offres qui récompensent surtout le recrutement de proches, d’amis ou de collègues.

  • Ne pas payer de « frais de déblocage » supplémentaires lorsqu’un retrait est suspendu.

  • Demander conseil à une personne compétente avant de déposer de l’argent.

L’argent facile est une promesse qui peut coûter cher. Face aux offres d’investissement en ligne, la meilleure protection reste l’information, la vérification et la patience. Avant de cliquer, de transférer ou de parrainer, il faut prendre le temps de poser une question essentielle : d’où vient réellement l’argent que cette plateforme promet de me verser ? Dans un monde numérique où les opportunités se multiplient, la meilleure protection reste l’information et la vigilance.