Succès Djimtebaye

Le Tchad est explicitement cité dans le rapport, au sujet des risques sur les prêts et microcrédits en ligne. Comme le Cameroun, le pays est identifié comme potentiellement vulnérable aux pratiques de prêts non autorisés, notamment avec des méthodes de recouvrement abusives : appels automatisés, menaces d’exposition publique, voire blocage de cartes SIM.

Imaginez un utilisateur qui télécharge une application de « prêt rapide » sur son téléphone, sans vérification. Quelques jours plus tard, il reçoit des messages menaçants, parfois accompagnés de la diffusion de ses contacts ou de fausses informations sur les réseaux sociaux. 

Ce scénario, décrit par Interpol, rejoint les réalités tchadiennes du mobile money, de la protection des données personnelles et des arnaques liées aux applications financières non régulées.

Dans un pays où le paiement numérique gagne du terrain, notamment avec l’arrivée de nouvelles plateformes qui portent à quatre le nombre de services disponibles, la question de la sécurité des usagers devient de plus en plus cruciale.

Réalité sous estimée en Afrique centrale

Selon le rapport, l’Afrique centrale apparaît comme une zone où la cybercriminalité est encore largement sous-déclarée, mais en progression. Le rapport pointe notamment l’ingénierie sociale et les botnets, ainsi que la présence de trojans, backdoors, vers et virus

Selon les données de FortiGuard Labs citées par Interpol, le Gabon et la République du Congo présentent les niveaux de vulnérabilité les plus élevés de la région.

Autre faiblesse structurelle : les mécanismes de coopération entre les services de cybersécurité et les forces de l’ordre restent insuffisamment développés en Afrique centrale. 

Le manque de coordination entre les CERT/CSIRT et les services concernés constitue un point faible, tandis que les campagnes de sensibilisation peinent à atteindre les populations non urbaines des pays francophones.

Progrès sans sécurité

Le rapport d’Interpol pointe une transformation numérique qui progresse plus vite que les dispositifs de sécurité, à côté d’un usage croissant de l’intelligence artificielle (IA) par les criminels.

L’Afrique compte désormais plus de 1,1 milliard d’abonnements mobiles et plus de 570 millions d’utilisateurs d’Internet. En 2025, les transactions numériques y ont dépassé 1 100 milliards de dollars. Mais cette expansion s’accompagne d’une hausse des pertes liées à la cybercriminalité, passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions en 2025, tandis que le nombre de victimes identifiées a plus que doublé, de 35 000 à 87 000.

Les principales menaces recensées sont les arnaques en ligne et le phishing (17%), le vol d’identité et la fraude financière (14%), la sextorsion et le cyberharcèlement (14%), les fuites de données (11%) ainsi que la fraude au président ou « business email compromise » (10%).

L’IA, nouvel accélérateur du cybercrime

Selon Interpol, 55% des affaires de cybercriminalité recensées en Afrique en 2025 impliquaient l’IA à un certain niveau. Les criminels l’utilisent pour créer des deepfakes, fabriquer de fausses identités, personnaliser des campagnes de phishing, produire des logiciels malveillants et automatiser certaines étapes des attaques.

Concrètement, cela peut se traduire par un message WhatsApp semblant venir d’un proche, mais généré par une IA à partir de données volées, ou une fausse vidéo d’un responsable appelant à un « investissement urgent ». Les incidents liés aux deepfakes ont été multipliés par sept entre le deuxième et le quatrième trimestre 2024 sur le continent.

Des recommandations ciblées

Face à ces défis, le rapport d’Interpol formule plusieurs recommandations.

Pour les États, il s’agit de renforcer et harmoniser les lois sur la cybercriminalité, développer les capacités des services de police et de justice, améliorer la coopération entre pays, consolider les CERT/CSIRT et monter en compétence en enquête numérique et criminalistique.

Pour les télécoms et les fintechs, les priorités sont d’améliorer la vérification d’identité et les procédures KYC, mettre en place des alertes antifraude en temps réel et renforcer la coopération avec les forces de l’ordre.

Pour le public, enfin, le rapport insiste sur l’éducation et la sensibilisation aux risques numériques, la facilitation du signalement des fraudes et des campagnes accessibles, y compris hors des grandes villes.