Parfait Ndo-dangsou
Dans son salon au quartier Moursal, Dr grace a un sourire discret, le regard serein, alors que sur les murs, les décorations encore visibles, rappellent une récente célébration. La doyenne a célébré il y a quelques jours, cinq décennies d’exercice, d’un métier qu’elle a embrassé en 1976.
La diplômée de la faculté de médecine de Montréal se souvient de ses premiers pas alors qu’elle n’avait que 26 ans. « Je suis allé étudier au Soudan pendant quatre ans supplémentaires. À mon retour maintenant, j’étais à l’hôpital général de référence nationale comme médecin-chef de la maternité. Selon ma mère, dès le petit âge déjà, elle était souvent malade et j’ai dit que je vais m’occuper d’elle » se souvient-elle.
Nous sommes en 1980, elle embrasse la spécialité à une époque où , les femmes médecins sont encore rares. Elle arrive sur un terrain plein de préjugés. « Des patientes arrivent, elles ouvrent la porte, me voient et repartent s’asseoir pensant que le médecin n’est pas encore arrivé » ironise-t-elle.
50 ans plus tard, le secteur a connu une révolution à ses yeux. Les compétences se sont renforcées, les structures se sont développées. Mais, le secteur de la santé maternelle ne semble pas avoir suivi le rythme, notamment dans les zones rurales selon elle. Entre 600-700 femmes meurent pour 100 000 accouchements, selon elle, à cause de l’ignorance et la pauvreté qui freinent l’accès aux soins médicaux.
Hygiène intime
L’évolution d’après Dr Grace, ne s’observe pas seulement sur l’infrastructure hospitalière et le plateau technique des formations sanitaires. Il y a aussi l’avènement des réseaux sociaux qui bouleverse le métier.
Pour elle, l’arrivée de ces plateformes a entraîné des intrusions, notamment des personnes, parfois sans compétence qui s’improvisent médecins gynécologue, proposant des produits pour l’hygiène intime…
Des pratiques jugées dangereuses par spécialiste pour qui, le vagin n’a pas besoin d’entretien. « Il peut y avoir des bactéries pathogènes dans le vagin mais la plupart jouent le rôle de protecteur. En introduisant les doigts, des produits, des décoctions… dans le vagin, on introduit des microbes. Un bain normal est déjà suffisant » conseille-t-elle.
Pour elle, faire de la gynécologie-obstétrique nécessite bien plus que des connaissances médicales. Il faut savoir écouter sans juger, rassurer dans les moments d’angoisse, faire preuve d’empathie et garder son sang-froid lorsque deux vies sont en jeu.
À celles qui rêvent aujourd’hui d’une carrière médicale, Dr Grâce Kodindo ne promet ni facilité ni gloire. « Si on n’aime pas ça, ce n’est même pas la peine d’y entrer. Les gynécologues au Tchad n’ont pas autant d’argent qu’on peut le penser ».
En outre, elle estime que son engagement pour la profession lui a laissé peu de temp pour se consacrer à sa famille. « Mon fils m’a confié à l’époque qu’il ne va pas devenir médecin et qu’il n’épousera pas une femme médecin parce-que j’étais tout le temp parti » confie-t-elle avec un brin d’humour.
Au bout de 50 ans de carrière, elle ne parle ni de titres ni de distinctions. Elle préfère que demeure l’image d’une femme humaniste, toujours concentrée sur ses objectifs et convaincue que l’essentiel ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à ce que l’on apporte aux autres.
