Parmi les critiques les plus virulentes figure la Ligue tchadienne des droits des femmes. Dans un communiqué, l’organisation juge « disproportionnée » l’exclusion définitive des élèves. Elle estime qu’une telle sanction pourrait exposer les jeunes au décrochage scolaire et à la stigmatisation sociale.

L’association appelle ainsi les autorités éducatives à privilégier des mesures « éducatives plutôt que répressives ».

Du côté des familles, l’inquiétude grandit. Le parent du seul garçon figurant parmi les dix élèves renvoyés affirme que son fils n’était pas directement impliqué dans la réalisation de la vidéo.

« Les filles lui ont demandé son téléphone pour faire la vidéo et il leur a remis l’appareil. Après que la vidéo est devenue virale, ils ont pris la décision de les exclure définitivement », explique-t-il.

Le père plaide pour une mesure moins sévère, estimant que son fils devrait pouvoir reprendre les cours l’année prochaine. « Nous avons inscrit cet enfant depuis le bas âge. Quel sera maintenant son avenir ? Les élèves ont fait cette vidéo comme un souvenir avant les vacances. Mais celle qui a publié la vidéo sur les réseaux sociaux, c’est cela qui a tout aggravé », regrette-t-il.

L’administration défend une question de morale

Au lycée d’enseignement technique commercial de Moundou, où la séquence a été tournée, l’administration assume pleinement sa décision.

Le proviseur, Ngarssori Dary , estime que ces publications portent atteinte à l’image et aux valeurs de l’établissement. « Nous appliquons le règlement intérieur du lycée. Ce sont des comportements qui ne doivent pas exister dans un établissement scolaire », affirme-t-il.

Selon lui, la diffusion de ces vidéos nuit « à l’honneur et à la dignité » de l’établissement. Le responsable rappelle également que les autorités éducatives ont récemment renforcé les mesures interdisant l’utilisation des téléphones dans les établissements scolaires.

« Avec les censeurs, nous faisons régulièrement le tour des classes pour sensibiliser les élèves. Malgré cela, certains continuent d’introduire des téléphones dans l’établissement », déplore-t-il.

Le proviseur insiste également sur le rôle des familles dans l’éducation des enfants. « L’éducation ne relève pas uniquement de l’école. Les parents doivent aussi accompagner leurs enfants », souligne-t-il.

L’éducation numérique comme bouclier

Pour Beaugas-Orain Djoyum , spécialiste des questions numériques, cette affaire dépasse le simple cadre disciplinaire et met en lumière un problème plus large observé dans plusieurs pays africains.

Selon lui, les élèves n’ont pas encore pleinement conscience des conséquences liées aux publications sur internet. « Lorsqu’on publie quelque chose sur les réseaux sociaux, cela peut rester accessible pendant des années et ressurgir plus tard au détriment de votre carrière », explique-t-il.

L’expert pointe également la responsabilité des parents, qui mettent parfois des smartphones à la disposition de leurs enfants sans véritable accompagnement. « C’est comme donner une voiture à un enfant sans lui apprendre à conduire », illustre-t-il, appelant les familles à mieux encadrer l’usage du numérique à la maison.

Sensibiliser plutôt que seulement punir

Au-delà des sanctions disciplinaires, il recommande l’intégration de modules sur l’usage responsable des réseaux sociaux dans les programmes éducatifs, ainsi que l’adoption de chartes encadrant l’utilisation du web dans les écoles. « Il ne faut pas seulement aller vers l’exclusion. Il faut aussi penser à des sanctions réparatrices », estime-t-il.

Pour lui, les plateformes numériques encouragent parfois une quête de visibilité immédiate chez les jeunes. « Ces jeunes recherchent une reconnaissance éphémère à travers les likes et les partages, sans mesurer les conséquences futures de leurs publications », souligne-t-il.