Propos recueillis par Nathalie Rassem.
Nathalie Rassem: Avec l’État tchadien, l’Union européenne a annoncé une enveloppe de près de 53 milliards de francs CFA dans le cadre du programme Global Gateway. Concrètement, qu’est-ce que le Global Gateway ?
Amador Sànchez Rico : Le Global Gateway, c’est la stratégie d’investissement de l’Union Européenne à travers le monde. L’idée est d’investir de manière transparente et durable afin de créer de la valeur ajoutée et des emplois dans les pays partenaires. Au Tchad, notre objectif est de soutenir le Made in Chad et de favoriser des opportunités économiques locales.
- N.R. : Pourquoi avoir choisi particulièrement l’Est du Tchad pour ce programme ?
- A.S. R : L’Union Européenne intervient dans plusieurs régions du pays, mais l’Est du Tchad fait face depuis 2023 à une situation exceptionnelle liée à la guerre au Soudan. Cette crise a provoqué un afflux massif de réfugiés, près d’un million de personnes ayant franchi la frontière. Cela a créé une forte pression sur les ressources naturelles et les services de base. Nous avons donc renforcé notre présence pour soutenir à la fois les réfugiés et les communautés hôtes, notamment dans les domaines de l’eau, des services sociaux et du développement local.
- N.R. : Peut-on déjà parler de résultats concrets sur le terrain ?
- A.S.R: Oui, même si la situation reste fragile et complexe. Le Tchad fait preuve d’une grande générosité en accueillant ces populations. Notre priorité est de passer rapidement de l’aide humanitaire à des solutions de développement à moyen et long terme. Aujourd’hui, nous constatons une bonne cohabitation entre réfugiés et communautés locales. Nous travaillons aussi pour permettre aux populations de développer des activités agricoles et économiques capables de bénéficier à toute la région.
- N.R. : Parmi les axes de financement figurent la formation professionnelle et l’insertion des jeunes. Comment cela va-t-il se concrétiser ?
- A.S. R. : Une grande partie de notre appui concerne l’axe N’djamena-Douala qui concentre une part importante de la population et des activités économiques. À travers les 81 millions d’euros [53 milliards de Francs CFA, NDLR] mobilisés, nous voulons renforcer la formation professionnelle et l’accès à l’emploi, notamment pour les jeunes. Nous ciblons des secteurs porteurs comme l’électricité, le BTP, l’agroalimentaire et les infrastructures. Le secteur privé et les chambres de commerce ont également un rôle important à jouer pour offrir des opportunités concrètes.
- N.R. : Quelle place occupe la cohésion sociale dans ce programme ?
- A.S. R. : La cohésion sociale est le fil conducteur de l’ensemble de nos projets au Tchad. C’est un élément essentiel pour construire un développement durable et une stabilité à long terme. Nous intégrons cette dimension dans toutes nos actions, qu’il s’agisse de développement économique, de formation ou d’appui aux communautés.
- N.R. : À partir de quand peut-on espérer voir les premiers impacts visibles de ce programme ?
- A.S. R. : Dans l’Est du pays, certains résultats sont déjà visibles. Mais nous voulons aller encore plus loin, notamment pour accompagner les jeunes dans le lancement d’activités économiques dans les secteurs prioritaires. Par ailleurs, nous lançons dès le 16 mai une campagne de communication destinée aux jeunes de 18 à 35 ans. Cette initiative débutera par un concert, car nous croyons fortement au rôle de la culture et des échanges culturels comme leviers de rapprochement et de cohésion.
