KHADIDJA DOUGA

Les données recueillies entre 2019 et 2022 par des agences spécialisées de l’Organisation des Nations unies et quelques associations de lutte contre les mutilations génitales féminines montrent que la pratique reste préoccupante au Tchad.

Dans la province du Salamat, le taux était estimé à 96,1 % en 2019. Il avoisinerait aujourd’hui les 90 %. Dans le Mandoul, il est passé de 82 % à environ 80 %. La province du Sila enregistre une baisse plus significative, de 93 % à 76 %, mais le chiffre demeure particulièrement élevé.

Selon Mariam Abdoulaye Malloum, militante et présidente de l’association  »End FMG », «ces petites évolutions traduisent des efforts réels sur le terrain, mais rappellent aussi que l’abandon total de la pratique est loin d’être acquis, dans certaines régions, l’excision continue d’être perçue comme une norme sociale fortement ancrée.»

La sensibilisation au cœur du combat

Face à cette réalité, les organisations engagées contre les mutilations génitales féminines concentrent leurs efforts sur la sensibilisation et l’éducation communautaire. Les interventions se déroulent dans les villages et les quartiers, en collaboration avec les leaders traditionnels, les autorités religieuses et les responsables administratifs.

Dans certaines provinces comme le Mandoul, des clubs féminins ont été mis en place et renforcés afin d’assurer la continuité des actions. Les professionnels de santé jouent également un rôle essentiel. «Leur intervention permet d’expliquer  les conséquences physiques et psychologiques des mutilations génitales féminines, contribuant à déconstruire certaines croyances qui justifient la pratique » explique la militante.

Malgré ces efforts, le changement reste progressif. Les acteurs de terrain reconnaissent « qu’être écouté ne signifie pas toujours convaincre.»

Une loi qui peine à produire ses effets

Si les cérémonies publiques d’excision tendent à disparaître, la pratique continue souvent dans la discrétion. Les dénonciations sont rares et les poursuites judiciaires limitées, ce qui réduit l’effet dissuasif de la loi.

Des structures comme la Maison de la Femme existent pour recevoir les plaintes liées aux violences, y compris les mutilations génitales féminines. Cependant, « beaucoup de femmes ignorent ces mécanismes ou ne savent pas comment y accéder, l’absence d’espaces d’écoute et d’accompagnement au niveau local reste un obstacle majeur» déplore Mariam Abdoulaye.