NATHALIE RASSEM
Publié aux éditions AB Alke Bulan au Canada, ce recueil de huit nouvelles a été présenté au public il y a quelques jours à N’Djamena. À travers ses récits, l’auteure tchadienne Déborah Melom Ndjerareou met en lumière des femmes et des hommes confrontés aux silences imposés, aux espoirs brisés et aux luttes pour le droit de choisir leur propre destin.
À travers cette œuvre, l’écrivaine affirme vouloir contribuer à faire évoluer les mentalités africaines, sur des thématiques comme le racisme et la migration. Pour elle, la littérature constitue un levier essentiel de transformation sociale, « La littérature a un très grand rôle à jouer dans le changement de mentalité. Quand je parle du racisme, je parle surtout de la cohabitation entre Africains et non-Africains. Malgré les difficultés, cette cohabitation est possible. À travers la littérature, on partage des idées et on découvre les multiples réalités de notre continent », explique-t-elle.
Déborah Melom Ndjerareou aborde également la question de la cohabitation entre les communautés du Tchad, qu’elle estime toujours possible à condition de promouvoir, « une culture de paix, de compréhension mutuelle et de respect des cultures des autres », souligne l’auteure.
L’ouvrage ne fait pas non plus l’impasse sur les contraintes sociales qui pèsent sur les femmes, notamment celles qui conduisent au mariage précoce ou forcé. Un phénomène qu’elle observe sans détour, « Une femme peut être professionnelle et accomplie mais la société lui fait croire qu’elle n’a pas réussi tant qu’elle n’est pas mariée. Ce sont ces pressions sociales qui poussent certaines personnes dans des situations qui ne leur sont pas favorables », déplore-t-elle.
Blogueuse et écrivaine, Déborah confie écrire avant tout comme un acte de libération personnelle. Forte d’une carrière humanitaire qui l’a menée dans plusieurs pays, majoritairement en zones d’urgence, elle dit s’inspirer des réalités observées au fil de ses voyages :
« Plus je voyage, moins je me plains du Tchad. J’ai vu des situations bien pires ailleurs, mais aussi énormément d’histoires de force et de résilience. Toutes ces anecdotes et ces douleurs accumulées, il fallait que je les écrive pour me libérer. Les histoires de souffrance pèsent sur l’esprit humain », confie-t-elle.
Malgré son engagement humanitaire au Burkina Faso, Déborah Melom Ndjerareou a tenu à revenir dans son Tchad natal pour la dédicace de son premier ouvrage. Un choix porteur d’un message adressé aux Africains en général et à la jeunesse tchadienne en particulier. « C’est possible. Il faut oser. On a des rêves, des objectifs. Pour ceux qui veulent écrire, il ne faut pas avoir peur de se lancer. Il faut résister, oser et croire en ses rêves », a-t-elle conclu.
