Nathalie Rassem

Il aura fallu 26 ans, pour mettre fin à ce conflit qui se déroulait presque sous silence dans la sous-préfecture de Djedda, département du Batha Ouest. Le 19 septembre dernier, après une semaine de mission dans la zone, une équipe gouvernementale, constituée du ministre de la Santé publique, du ministre délégué chargé de la Décentralisation et de  la Secrétaire d’État à la Justice a pu obtenir un accord entre les deux communautés.

“ça a créé beaucoup de crises intercommunautaires autour des deux cantons”, se souvient Assileck Abdelkerim Abakar, sénateur du Batha, province dans laquelle le désaccord a eu lieu.

L’élu local ajoute que le conflit aurait fait environ 102 morts et plusieurs blessés depuis son éclatement.

Dans le détail, les communautés Ouled Rached et Khozam sont entrées en conflit en novembre 2000, suite à une mésentente d’une délimitation autour d’un puits d’eau dénommé Oum Zafayes considéré comme point de démarcation.

Malgré une résolution officielle datant de la même période et fixant une délimitation physique de la zone, les deux communautés ont poursuivi la dispute, au gré des changements des autorités.

“A chaque arrivée d’un nouveau chef de département ou d’une nouvelle autorité administrative, chacune des communautés allait se plaindre, et ce jeu a duré 26 ans”, explique le sénateur Assileck Abdelkerim Abakar, qui a fait la médiation entre les deux parties. 

Retour d’une paix durable ?

Très peu d’informations ont filtré sur les tractations menées par la mission gouvernementale qui a séjourné du 14 au 20 septembre dernier à Oum-Zafaya et qui ont conduit à la signature de l’accord de paix mettant fin à ce conflit.

Mais le procès-verbal ayant sanctionné la mission de la délégation ministérielle et relayée par l’Agence Tchadienne de presse et d’édition, les deux parties se sont engagées notamment à respecter les résultats du serment coranique et à renoncer à toute nouvelle revendication territoriale. 

Elles reconnaissent également la validité du procès-verbal de délimitation territoriale établi le 27 novembre 2000, désormais retenu comme document de référence.

Selon cette délimitation, la partie orientale revient à la communauté Ouled Rached, tandis que la partie occidentale est attribuée à la communauté Khozam.

Le procès-verbal de 2000 remis au cœur de l’accord

Le sénateur Assileck Abdelkerim Abakar, qui a pris part au processus, affirme avoir joué un rôle de conciliateur et de médiateur auprès des deux parties.

« Nous avons conseillé aux deux communautés de s’engager à respecter l’autorité de l’État et le procès-verbal du 27 novembre 2000 », explique-t-il.

Pour les autorités et les médiateurs impliqués, cette reconnaissance constitue une étape importante vers la normalisation des relations entre les deux communautés.

Après 26 ans de tensions, l’un des principaux défis sera désormais de préserver la paix sur le terrain.

Les acteurs impliqués dans le processus appellent au maintien du dialogue et à la sensibilisation des populations. Les deux chefs de canton ont notamment été invités à promouvoir la réconciliation, la tolérance et la fraternité au sein de leurs communautés.

« Nous leur avons donné cette mission de prêcher la culture de paix au niveau de leurs communautés et d’expliquer le procès-verbal » souligne le sénateur.

Après 26 ans de dispute territoriale, Ouled Rached et Khozam ont choisi le dialogue. Reste désormais à transformer cet accord en une paix durable.