Par Nathalie Rassem

Nathalie Rassem : Bonjour Madame la Présidente. Le 3 août dernier, vous avez pris une décision suspendant l’examen des nouvelles demandes de création de médias en ligne. Quelles sont les raisons de cette suspension ?

Halimé Assadya Ali Brahim : La HAMA constate aujourd’hui un certain désordre dans le paysage médiatique numérique tchadien. Certains médias et professionnels ne respectent pas les dispositions réglementaires et juridiques qui encadrent la profession.  Nous avons constaté que ces désordres prenaient de l’ampleur. Cette suspension est donc avant tout une pause, mais aussi un rappel à l’ordre qui doit nous permettre d’assainir le secteur. Nous souhaitons d’abord faire un état des lieux avant d’examiner de nouvelles demandes de création de médias en ligne.

N.R : Les responsables des médias qui ne respectent pas les règles sont-ils régulièrement interpellés par la HAMA ?

H.A.A.B: Je ne saurais vous donner le nombre exact de médias et de professionnels que nous interpellons chaque semaine pour leur rappeler qu’ils ne sont pas sur la bonne voie et qu’ils ne respectent pas le Code. 

Il y a des médias qui font normalement leur travail. Mais d’autres ont complètement cessé de fonctionner ou se sont réduits à de simples publications sur Facebook.

N.R : Sur quelle base la HAMA délivre-t-elle son avis pour la création d’un média en ligne ?

H.A.A.B: : Dans le régime actuel de déclaration, la HAMA examine les dossiers et émet un avis. La procédure relève ensuite de l’autorité judiciaire compétente. Nous donnons donc un avis sur la base du dossier qui nous est présenté.

Aujourd’hui, je pense que, parmi les médias en ligne qui ont reçu un avis favorable de la HAMA pour leur création, à peine la moitié fonctionne réellement comme un média.  Nous nous sommes donc dit qu’il fallait arrêter un moment ce désordre et regarder les choses en face. Pour le moment, aucune nouvelle demande de création de média en ligne ne sera donc examinée.

N.R : Madame la Présidente, le communiqué évoque également la lutte contre la désinformation. Dans quelle mesure cette suspension peut-elle contribuer concrètement à lutter contre la propagation des fausses informations au Tchad ?

H.A.A.B: : Qui dit journaliste dit profession organisée et encadrée. Un journaliste ne doit donc pas publier n’importe quoi. Mais, comme je vous l’ai dit, il y a eu un désordre et, dans ce désordre, beaucoup de médias ont cessé de fonctionner véritablement comme des médias en ligne.

Parfois, lorsqu’un média publie une information sur sa page, plusieurs autres médias reprennent exactement la même information, sans même changer une phrase. Et lorsqu’il y a un problème et que le premier média qui a publié l’information présente des excuses ou procède à une rectification, tous les autres font de même. Nous sommes tombés dans la facilité et certains publient n’importe quoi. Il faut encadrer les médias pour qu’ils respectent les textes, mais il faut également aider les citoyens à comprendre ce qu’est une véritable information et à distinguer une information fiable d’une désinformation.

N.R: Cette décision ne risque-t-elle pas, à l’inverse, de freiner le développement des médias numériques et de limiter l’accès des citoyens à une information diversifiée ?

H.A.A.B: : Il ne s’agit pas d’arrêter le développement des médias numériques, mais plutôt de marquer une pause afin d’assainir et de professionnaliser le secteur.

Personne ne viendra organiser le secteur des médias à la place des professionnels eux-mêmes. Je sais qu’aujourd’hui, la plupart des médias exercent dans une grande précarité, et cela ne favorise pas leur fonctionnement. L’objectif est également d’accompagner les médias existants.  Je crois que sur ces 200 médias existants, si nous faisons le nettoyage nécessaire, il y en aura beaucoup qui ne répondront plus aux critères qui avaient permis leur reconnaissance. Le nombre pourrait donc être revu à la baisse. Certains ont trouvé des formules comme « Halime.info » ou « Halime.media » et se présentent comme des médias, mais ce ne sont pas des médias au sens de la réglementation.

N.R: Quel est finalement l’enjeu de cette suspension ?

HH.A.A.B: : Pour la HAMA, l’enjeu est de construire un secteur de la presse numérique plus professionnel, responsable et crédible.

L’institution entend mieux encadrer les pratiques, lutter contre la désinformation et s’assurer qu’un média reconnu comme tel fonctionne effectivement selon les règles professionnelles du journalisme.

Nous ne voulons pas freiner le développement du paysage médiatique, ni l’entrepreneuriat dans le secteur des médias. Nous voulons simplement aider à comprendre les problèmes que nous vivons actuellement afin de faire du secteur des médias un secteur plus dynamique, plus professionnel et plus éthique.Un paysage médiatique dynamique est aussi une preuve de la vitalité de notre démocratie, de la vitalité du travail qui se fait au niveau des communautés, des départements et du pays de manière générale.