Cindy Rayamta
À en croire ce document intitulé Analyse du Marché du Travail en Santé au Tchad, récemment rendu public, avec ses 12795 personnels actifs, le pays ne couvre pour le moment, que 35% de la demande, estimée à près de 33200 toutes catégories confondues.
Cette demande devrait s’établir à un peu plus de 55 mille d’ici 2040. Et si la progression de l’offre continue à son rythme actuel, elle sera d’environ 39700. Calculettes en main, le déficit affiché est d’environ 15 mille agents de santé.
« Les besoins du Tchad seront donc supérieurs à l’offre pour plusieurs catégories telles que les médecins généralistes et spécialistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes et autres catégories associées, à la seule exception de la catégorie des techniciens de laboratoire médical », peut-on lire.
Dans le détail, la demande en infirmier et sages-femmes connaitra la plus grande évolution. Actuellement estimée à 14000, elle passera à 22.000 d’ici 15 ans. Dans le même temps, la demande en médecins spécialistes va croitre de moitié.
Le rapport souligne que si aucune mesure corrective n’est prise, le déficit en médecins spécialistes va se creuser d’avantage, passant de 1 185 à 1 789 soit une croissance d’approximativement 51%.
Seul le corps des agents de santé communautaire est plus proche de la réalité, avec un déficit qui ne devrait progresser que de 18%, pour une demande qui devrait passer de 6 233 actuellement à 9 499 en 2040.
Pression financière
Le gap soulevé demande des moyens financiers pour être comblé. En 2025, le gouvernement tchadien et ses partenaires ont réussi à dégager 23,8 millions de dollars, (environ 13,5 milliards de Francs CFA) pour payer et gérer le personnel de santé.
Cette somme équivaut à seulement 13% des 177,22 millions de dollars (100,4 milliards de Francs CFA) dont le système de santé avait besoin.
Pourtant, explique le rapport, si l’Etat continue à allouer des sommes dans les proportions annuelles actuelles, le budget dédié aux ressources humaines du domaine de la santé seront de 38,2 millions de dollars (21,6 milliards de Francs CFA) en 2040.
Ce qui restera loin des besoins réels projetés à 223,53 millions de dollars (126,6 milliards de Francs CFA) en 2040, si le Tchad veut atteindre à 45%, couverture santé universelle de sa population.
Ou l’Etat ira-t-il trouver cet argent ? Les rédacteurs du rapport font trois propositions au gouvernement. Ils recommandent notamment de prioriser les dépenses de personnel dans le budget de la santé, les faisant passer de 36,7 % actuellement à 65 % dans le futur.
Actuellement, les dépenses du secteur de la santé représentent 1,1% du PIB tchadien. La deuxième option proposée dans le document consiste à augmenter l’allocation budgétaire globale accordée au secteur de la santé, en la réhaussant de 1,1 % à 2 % du PIB.
Enfin le gouvernement peut opter pour l’adoption d’une stratégie globale mobilisant des financements nationaux et internationaux innovants, tout en améliorant l’efficience des dépenses existantes.
Les défis de la formation
Les données du rapport soulignent une offre de formation en soins médicaux qui a presque doublé au cours des 10 dernières années, atteignant un total de 59 institutions, majoritairement privées laïques et confessionnelles.
Mais cette offre reste très en deçà de la demande de formation. Les universités publiques toutes réunies ont une capacité de formation limitée à 1042 places pour les licences en soins de santé pour le moment.
Il arrive des situations où la demande en formation dans ce secteur se retrouve 24 fois plus élevée que l’offre.
A titre d’illustration, En Médecine Générale, 7 300 candidats frappent aux portes de l’université, contre seulement 300 places disponibles. Pendant que dans les autres filières, cette demande est 4 fois supérieure, souligne le rapport.
Sur une offre actuelle de 13700 places environ, secteur privé représentant 88% des capacités d’accueil des apprenants, absorbe plus de 12000 places, face à la « 5 instituts publics en état de léthargie », précise le rapport.
Le rapport encourage donc de mettre un accent particulier sur la formation, surtout des spécialistes « Cela indique un besoin urgent de développer des programmes de formation spécialisée et de créer des incitations pour attirer et retenir des médecins spécialistes ».
Et il se veut optimiste notamment dans ce domaine, prévoyant une inversion de la tendance des capacités de formation, passant d’un déficit à un excédent. « Cela pourrait être dû à des efforts de formation réussis, mais il faudra veiller à l’absorption de ces professionnels dans le système de santé », lit-on.
