Nathalie Rassem

Le Tchad construit depuis 2023, ce qui est dénommé, Dorsale transsaharienne. Un projet destiné à améliorer la connectivité dans le pays, en le connectant à certains de ses voisins, via la fibre optique.

Ledit projet aurait dû être livré en 2024. Mais, mi-janvier 2026, le Ministre des télécommunications en visite sur le chantier, a constaté que celui-ci n’est qu’à un taux d’avancement de 53%.

Ceci est le reflet de plusieurs autres chantiers infrastructurels entamés à travers le pays.

Il y a un an, c’est le Président de la République Mahamat Idriss Deby qui jugeait « insuffisant », le taux d’avancement de la centrale thermique de Djarmaya, dans la banlieue de N’Djamena, un projet lancé en 2020 pour améliorer l’accès à l’électricité dans la capitale.

Les raisons des retards

Pour des observateurs, ces lenteurs s’expliquent notamment par le non-respect des procédures de passation des marchés, le manque de capacités techniques de certaines entreprises et les retards dans le décaissement des fonds.

Dans une interview accordée au Studio Hirondelle Tchad, l’analyste des politiques publiques, Pr Gilbert Maoudonodji, souligne des blocages financiers. « Après les premiers décomptes, les finances publiques ne sont parfois plus en mesure de débourser l’argent nécessaire pour que l’entrepreneur poursuive l’exécution de l’infrastructure. D’où, aujourd’hui, dans toutes les provinces, des ouvrages que l’on commence sans les achever » explique-t-il.

© Maoundonodji Gilbert

Ce qui se traduit sur le terrain par des chantiers qui piétinent « des écoles inachevées, des centres de santé inachevés, des routes inachevées, des stades inachevés, partout dans le pays. Et cela est évalué à des centaines de milliards. », évoque l’expert.

Pour Pr Gilbert Maoudonodji, les responsabilités sont partagées. « Si le retard est imputable à l’entreprise, celle-ci doit être sanctionnée pour non-exécution dans les délais. Mais lorsqu’il n’y a pas de sanction, c’est bien que les responsabilités sont partagées » affirme-t-il.

Il souligne également le manque de transparence dans la passation des marchés, qui favorise selon lui, l’attribution des travaux à des entreprises peu compétentes, dépourvues du matériel adéquat. À cela s’ajoute l’insuffisance du suivi.

« Le ministère des Infrastructures à travers ses inspections, doit s’assurer que l’entrepreneur et le bureau de contrôle accomplissent correctement leur travail » insiste-t-il.

Le Studio Hirondelle Tchad a essayé de se rapprocher du ministère des infrastructures et de la direction de passation des marchés, mais les deux institutions n’ont pas donné suite à nos sollicitations, promettant de nous revenir plus tard sur la question.

Mais en 2024, le ministère des infrastructures après une tournée de supervision dans 20 provinces, avait expliqué la lenteur dans l’exécution des chantiers, par entre autres, le non-respect de l’engagement des entreprises et aussi du gouvernement vis-à-vis des partenaires financiers.

Il a également soulevé des problèmes techniques qui engagent les entreprises contractantes à l’État, sans donner plus de précision.