Parfait Ndo-dangsou
Le communiqué du maire exige aux conducteurs de mototaxi, les taxis et les minibus d’obtenir préalablement un agrément de transport ; de se faire enrôler et attribuer un numéro d’identifiant auprès du Comité Multisectoriel de Pilotage de Transport Urbain CMPTU ; de faire peindre les véhicules (Motos et voitures) selon les couleurs exigées avec les mentions apparentes des numéros d’identifiants et pour les conducteurs des mototaxis enfin, l’obligatoirement porter le casque de sécurité.
Le Syndicat national des moto-taxis appelle l’ensemble des conducteurs à se conformer aux nouvelles directives. Mieux, Il annonce une campagne de sensibilisation pour encourager l’adhésion de tous les conducteurs. Son secrétaire général Allamine Abdramane Abba estime que ces mesures devraient améliorer la sécurité et la crédibilité du secteur.
Accord du syndicat, mais scepticisme chez les conducteurs

Sur un carrefour au quartier Moursal, à l’ombre d’un arbre, quelques conducteurs de mototaxi tentent d’échapper à la canicule de la mi-journée. Au menu des discussions, le récent communiqué du maire de la ville, une pilule qui semble avoir du mal à passer.
« Je suis vraiment étonné par la décision du maire qui oblige le clandomen à porter la tenue, l’adhésion. Et puis le casque, on peut dire que c’est pour notre sécurité, donc il doit être facultatif » ronronne sylvestre, diplômé en sociologie et conducteur de moto-taxi depuis une dizaine d’années. S’il reconnaît l’utilité du casque pour la sécurité, le jeune homme estime qu’imposer son port à tous les passagers reste difficile dans les conditions actuelles. « Les clients vont partager le même casque car on ne peut pas avoir un casque pour chaque client ».
L’autre point de discorde c’est l’obligation d’adhérer à une organisation de conducteurs et de peindre les motos pour mieux les identifier. Pour Sylvestre, il n’y a pas que les chômeurs qui sont conducteurs de moto taxi. Certains fonctionnaires le font aussi. « S’il faut peindre chaque moto, ça va être compliqué. Et quand tu ne vas plus faire le clando, tu vas faire changer le réservoir pour aller ou bien ? » s’interroge-t-il.
Scepticisme partagé par BaIramadji Nestor, infirmier diplômé d’état. Le trentenaire qui n’a jamais trouvé d’emploi dans son domaine survit grâce à la moto depuis 6 ans. Pour lui, les autorités communales devraient se concentrer sur d’autres urgences. « Je crois qu’il y a beaucoup d’autres problèmes que mairie peut gérer. Dans 60 jours, je crois que ça serait à la saison pluvieuse. La priorité serait de prévenir les inondations » estime-t-il. Aussi, Bairamadji redoute que cette réforme ne provoque des tensions en ville. « Je crois qu’il est en train d’induire aussi les autres autorités en erreur. Ou peut-être que ça va engendrer des troubles partout dans la ville. Quelqu’un qui supporte la chaleur de N’Djamena, tu ne peux pas calmer sa colère. Donc, il ne faut pas qu’on réveille le lion qui dore » ajoute d’une voix sèche.
L’identification et la sécurité au cœur des priorités
Dans une interview accordée à notre rédaction, Gadengar Roana Rodrigue, directeur de l’urbanisme, de l’aménagement et du transport urbain, par ailleurs président du Comité multisectoriel de pilotage du transport urbain (CMPTU), revient sur les motivations et les enjeux de la nouvelle réglementation du transport urbain dans la capitale tchadienne.
D’emblée, il met en avant un constat préoccupant : une grande partie des acteurs du transport urbain mototaxis, taxis et minibus échappe encore au contrôle de l’administration. Cette situation engendre, selon lui, de sérieux problèmes de sécurité. « Lorsqu’un accident survient ou qu’un engin est impliqué dans une agression, il est souvent difficile de retrouver les responsables », explique-t-il.
Face à ces défis, les autorités ont décidé d’agir. Un arrêté conjoint, signé par les ministres en charge du transport et de la sécurité publique, fixe désormais les modalités d’exercice de cette activité en milieu urbain. Objectif : mieux organiser le secteur et en assurer la traçabilité.
Sur la question de la faisabilité de ce délai, Gadengar Roana Rodrigue se veut rassurant. « Toutes les dispositions administratives sont déjà en place et les services sont opérationnels pour délivrer les documents nécessaires » informe-t-il. Il balaie, en revanche les préoccupations liées aux contraintes financières, et rappelle que le transport urbain est une activité commerciale. Selon lui, cette réforme apportera des améliorations concrètes aux usagers. Elle permettra notamment une meilleure organisation du secteur, avec une identification claire des différents types de transport, mais aussi un renforcement de la sécurité.
Le responsable précise que le mesure rendant obligatoire le port du casque, qui suscite de vives réactions, ne vise pas uniquement les mototaxis, même si ceux-ci constituent la première phase d’un projet pilote. Il souligne par ailleurs que cette exigence émane en partie des syndicats de conducteurs eux-mêmes, soucieux d’améliorer leurs conditions de sécurité et de reconnaissance.
La mesure rendant obligatoire le port du casque pour les conducteurs de motos a été prise en octobre 2023 par le ministère de la Sécurité publique et a été mise en veille quelques jours seulement avant son entrée en vigueur. Les autorités n’avaient pas fourni d’explications mais avaient jugé que le port du casque, bien que fortement conseillé, demeure facultatif sur l’ensemble du territoire national.
Casques partagés et risque sanitaire
Le partage de casques chez les conducteurs de mototaxis, soulève des préoccupations sanitaires. Utilisé par plusieurs personnes au cours d’une même journée, le casque constitue un point de contact direct avec le cuir chevelu, la peau et la sueur, favorisant ainsi la transmission de certaines affections.
D’après le médecin Claude Waoualé, parmi les risques identifiés figurent les infections cutanées, les infestations parasitaires comme les poux, ainsi que diverses irritations du cuir chevelu. A cela, s’ajoute la chaleur et l’humidité à l’intérieur du casque qui créent un environnement propice à la prolifération des bactéries et des champignons prévient-il.
Face à cette situation, des mesures simples peuvent être mises en œuvre pour limiter les dangers. Le médecin recommande le nettoyage régulier de l’intérieur des casques avec des produits désinfectants adaptés, d’éviter de les conserver humides et de privilégier une rotation en disposant de plusieurs casques.
Du côté des usagers, certaines précautions peuvent également réduire les risques. Dr Claude Woualé conseille le port d’un foulard, d’un bonnet fin ou de protections jetables pour limiter le contact direct avec le casque. « Si ces gestes peuvent sembler anodins » explique-t-il, « ils constituent des moyens efficaces pour prévenir la propagation d’infections dans un contexte de transport partagé ».
