Foka Mapagne
Jeudi 06 août 2026 ; dans la cour ombragée de sa maison, au quartier Gassi, dans le 7ᵉ arrondissement de N’Djamena, Rebecca Oyal Ngarassal accueille l’équipe du Studio Hirondelle venue à sa rencontre. Vêtue d’une robe traditionnelle aux motifs bleus et noirs, un foulard assorti noué autour de la tête et des lunettes rondes, la sexagénaire ouvre son livre et commence à nous expliquer quelques passages. Népotisme, favoritisme et clanisme figurent parmi les pratiques qu’elle dénonce. À ses yeux, ces formes de corruption peuvent peser sur les décisions administratives et politiques, au détriment de l’équité et de la justice.
Pour Rebecca Oyal Ngarassal, la corruption ne se résume pas aux détournements de fonds publics. Elle se manifeste aussi dans les démarches administratives les plus ordinaires.
« Le plus bas niveau de l’administration demande qu’on lui donne un peu avant qu’un dossier avance », témoigne-t-elle.
Dans son œuvre, elle décrit une pratique devenue presque ordinaire : « Il faut bien parler. Mets la main dans la poche. C’est le nom attribué à la corruption, mais on ne dit pas : “Donne-moi de l’argent”. »
Selon elle, cette logique peut également toucher la gestion des carrières. Elle affirme en avoir personnellement fait l’expérience lorsqu’un de ses dossiers d’avancement est resté plusieurs mois sans suite. « Mon avant-dernier dossier d’avancement a mis neuf mois au bureau du dernier chef », raconte-t-elle. Pour Rebecca, ces pratiques finissent par fragiliser la confiance des citoyens envers l’administration.
Ancienne fonctionnaire au ministère de l’Action sociale, Rebecca Oyal Ngarassal assure avoir été confrontée à plusieurs reprises à des tentatives de corruption dans le cadre de son travail.
Elle raconte notamment qu’à l’occasion d’un appel à propositions, trois personnes venues déposer leurs dossiers lui auraient ensuite remis une enveloppe. « En voulant partir, ils m’ont tendu une enveloppe. J’ai dit : “C’est quoi ?” Il me dit : “C’est votre corruption” », relate-t-elle.
Dans d’autres circonstances, elle affirme avoir également reçu des enveloppes lors de réunions professionnelles. Elle dit avoir systématiquement refusé ces avantages, estimant que ses frais étaient déjà pris en charge par son administration. Rebecca raconte en disant ceci : « On a tout distribué des enveloppes. J’ai dit : “Mais ça signifie quoi ça ?” Ils ont dit que c’était pour notre essence. J’ai dit : “Non, le ministère me donne déjà l’essence.” »
Ces refus, affirme-t-elle, lui ont parfois valu des difficultés professionnelles. « Quand tu refuses la corruption, tu es persécuté », soutient-elle.
Après son départ à la retraite en 2025, Rebecca Oyal Ngarassal a choisi de poursuivre son combat autrement : par l’écriture. Son livre se veut, selon elle, à la fois un témoignage de son expérience professionnelle et un plaidoyer contre la banalisation de la corruption. Elle souhaite notamment interpeller ceux qui donnent comme ceux qui acceptent les pots-de-vin. « La personne qui lira, s’il est dans cette situation de corruption ou de corrupteur, il comprendra que le livre est en train de s’adresser à lui », explique-t-elle.
Économiste de formation, diplômée en Russie en 1989, Rebecca Oyal Ngarassal a travaillé pendant plusieurs décennies dans l’administration tchadienne.
