Parfait Ndo-dangsou
Fin de matinée chargée pour Aimée Dolinassou, journaliste et animatrice au service radio de TchadInfos. De retour de reportage, elle a au menu, un sujet qui concentre les attentions au Tchad ces dernières semaines : les viols sur mineurs. « Je demande à ChatGPT, par exemple, de me recenser tous les sites qui ont parlé du sujet de viol. Et c’est plus facile parce que ça me ramène tout, que ce soit des brefs, mais avec des sites. Ça me permet d’avoir toutes les informations avec le lien que vous voyez là, juste là » explique t elle.
Malgré l’approche de la tranche d’information de la mi-journée, elle garde sa mine décontractée, car, dit-elle, elle sait compter sur l’Intelligence artificielle pour aller rapidement. « Si je veux aller vers les personnes ressources pour traiter mon sujet, je sais qu’il y a tel ou tel autre mois, il y avait eu des cas de viol sur des mineurs. Donc, c’est plus facile pour moi de m’organiser et de traiter un sujet » soutient-elle avec un léger sourire.
Si l’intelligence artificielle générative permet de gagner en temps, surtout quand les équipes sont sous pression, la journaliste dit avoir le contrôle sur son travail. Pour elle, la question de l’éthique reste centrale. Dans une expérience récente, Aimée s’est retrouvée est passée à côté d’une bourde ; une réponse totalement erronée que lui a renvoyé l’Intelligence Artificielle. « C’est comme si ma question, mon prompt (nom de l’instruction donnée à l’IA Ndlr) n’était pas vraiment compris par l’outil. Si je me fiais à ça, j’allais commettre une grave erreur » se plaint Dolinassou avant d’inviter à la prudence « Ce n’est pas tout ce que l’IA donne qu’il faut prendre directement. Chacun doit s’investir ».
Même si son usage est démocratisé à Tchadinfo, l’IA n’écrit pas seule l’information. Yves Ismaël, lui aussi journaliste et présentateur, considère l’outil comme un assistant. « Lorsqu’on est sur le terrain, ce n‘est pas évident d’écrire le papier vite. On peut prendre des notes, les noms, quelques points clés. On soumet, par exemple, les éléments de base et on demande à l’outil de faire un texte de reportage dans un ton journalistique » confit-il. Le plus important d’après Yves Ismaël, c’est de donner des consignes détaillées bien précis à l’IA.
Entre productivité accrue et vigilance éditoriale, le journaliste de Tchadinfos reste convaincu que l’IA s’impose peu à peu comme un outil et non comme un remplaçant.
Selon lui, la voix humaine demeure l’âme de la radio car elle transmet tout type d’émotions à travers le son. « Que tu sois en train d’écouter un programme radio, un podcast, … dès que c’est une voix générée par IA, tu vas zapper. Il y a des textes que tu soumets à ElevenLabs, il va prononcer les noms Ngambaye comment ? Il va prononcer les noms arabes comment ?» s’interroge le journaliste.
Quant-à inquiétude selon laquelle l’IA pourrait remplacer l’humain derrière le micro ; sa réponse est sans ambages : « C’est impossible !».
Pour l’UNESCO, en automatisant certaines tâches routinières, telles que la programmation, les bulletins météo et sportifs, ainsi que les flux de travail administratifs, les stations peuvent libérer leurs équipes et se concentrer sur ce qui compte vraiment : informer, éduquer et divertir les auditeurs. L’agence des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture estime que grâce à des outils qui améliorent la vérification des faits, la validation et la recherche dans les archives, la radio peut fournir un contenu de meilleure qualité tout en conservant le jugement humain au centre de ses préoccupations.
