Gisèle Othomi

Dans le domaine de la mécanique, les femmes ne représentent qu’un faible pourcentage. Mais depuis peu, elles brisent les stéréotypes prouvent leur compétence. Celles qui ont réussi à s’imposer ont fait preuve de technicité, de précision et surtout de la bonne utilisation d’outils modernes. 

Au Tchad, Louise Oulaybo, une jeune de 21 ans incarne cette nouvelle génération qui refuse les limites imposées par la société. Déterminée, elle a suivi deux années de formation dans une école de mécanique pour maîtriser le métier. Chaque matin, lorsqu’elle enfile son uniforme et depanne un moteur, la jeune femme prouve que la compétence n’a pas de genre.

« Un bon mécanicien, une bonne mécanicienne, c’est quelqu’un qui doit avoir le courage et quelqu’un qui ne doit pas être aussi négligent. Si tu n’as pas le courage, tu vas abandonner» dit-elle

La mécanicienne pour qui les tchadiens doivent s’habituer à voir plus de femmes dans les ateliers estime que sa période formation est marquée par la solitude.  «A Koyoum lors de ma formation, j’étais seule parmi les hommes. Je suis N’Djamena croyant que je pouvais trouver une d’autres filles dans l’atelier. Malheureusement, je suis encore seule parmi les hommes» se désole  Louise

A Gaya, à environ 300 kilomètres au sud de Niamey au Niger, Mariama Garba, une mécanicienne fait figure d’exception dans son garage. La trentenaire qui a quitté les bancs de l’école à son jeune âge a trouvé dans la mécanique une seconde chance. « Une amie et moi, nous avons appris qu’un projet avait ouvert une école de formation professionnelle.  Quand nous y sommes allées, il y avait des filles dans presque toutes les filières, sauf en soudure et en mécanique moto et auto » se souvient-elle. 

En dépit des préjugés, Mariama se laissera guider par ses convictions. « Des gens disaient que la mécanique n’est pas faite pour les femmes, c’est difficile. Si j’avais tenu compte de ces paroles, je ne serais pas allée loin » confie t-elle. Aujourd’hui, son seul souhait, c’est d’avoir un jour son propre atelier pour, dit-elle, « transmettre son savoir à d’autres filles ». Elle peut aussi compter sur le soutien de son mari.

A Ségou au Mali, Sanou Coulibaly est une référence. Après 11 ans d’expérience acquise sur le terrain, elle dirige désormais son propre garage et bénéficie du respect de ses pairs et de sa communauté. Elle estime qu’il n’y a pas de travail spécifique a un genre. « Je tire beaucoup de bénéfices dans mon métier. Je fais des choses pour moi sans l’aide de personne. J’ai beaucoup de clients qui apprécient mon travail » confie t-elle. La mécanicienne autonome emploie 4 apprentis. Elle a ouvert son garage à Ségou en 2020 grâce au soutien d’une ONG. Depuis, l’attitude des certains clients la gêne sans pour autant la décourager. « c’est un doute dès qu’ils voient une femme dans un garage » se desole Sanou Coulibaly.

A Ouagadougou au Burkina Faso, Sama née Tapsoba Fleur ne passe pas inaperçue. Mécanicienne depuis près d’une dizaine d’années, elle a gravi les échelons, et est désormais cheffe de garage. La mère de trois enfants a su s’imposer dans le milieu grâce à son travail. Le regard négligent des hommes et le manque de confiance du fait de son statut de femme sont entre autres difficultés qu’elle rencontre au quotidien. « Il y a beaucoup de difficultés, surtout avec les hommes. D’autres croient qu’on est là pour nous comparer à eux. C’est un manque de confiance » titille-t-elle. Pour elle, exceller dans la mecanique releve du bon apprentissage, de connaissance et non une question de sexe. Elle projette d’ouvrir un centre de formation.  « Je suis moi-même un exemple. J’aimerais faire connaître aux autres que je suis passé par ça, par ça, mais voilà aujourd’hui » soutient-elle. 

À travers leurs parcours, ces femmes ne réparent pas seulement des moteurs. Elles démontent aussi les préjugés et prouvent qu’aujourd’hui, dans les ateliers comme ailleurs, le talent n’a ni genre ni frontière.