Foka Mapagne

 

Pour 2026, le budget de l’Etat tchadien est en progression de 7% par rapport à celui de l’année dernière, adopté dans un contexte particulier par le Senat et l’Assemblée Nationale du Tchad.

Selon l’exposé des motifs de cette loi de finances, le budget 2026 prend en compte les priorités du plan national de développement (PND) Tchad connexion 2030, une initiative lancée en novembre dernier, avec pour ambition affichée de transformer plusieurs pans de la vie socioéconomique du pays.

Comment sont répartis ces fonds ?

La plus grosse part revient aux dépenses dites courantes de l’Etat. Dotée de 1431 milliards de FCFA, elle représente 53% de l’enveloppe globale. Dans le détail, on y retrouve les dépenses de personnel. Ce sont les salaires des fonctionnaires civils et militaires. Cette année, la ligne des salaires pèse 693,4 milliards de FCFA.

En outre, on a un total de 145 milliards réservés au service de la dette, c’est-à-dire l’argent que le Tchad doit à ses partenaires financiers intérieurs et extérieurs et les intérêts annuels de cette dette.

Vient ensuite le budget de fonctionnement. Cette ligne budgétaire dotée de 231 milliards de FCFA est destinée à l’achat de biens et services nécessaires au fonctionnement de l’administration, et à l’exécution des politiques publiques.

Par ailleurs, il faudra compter 302,7 milliards que le gouvernement prévoit de transférer sous forme de subventions aux collectivités territoriales, établissements publics et actions sociales dans le but de soutenir la décentralisation selon la loi de finance.

La deuxième partie du budget 2026 est allouée à l’investissement public. Un pan du budget réservé aux infrastructures et équipements durables.

1 117 milliards sont prévus pour cet effet. Cette enveloppe, en progression de 20% par rapport à l’année dernière, représente 46% du budget cette année.

Cependant, le budget 2026 affiche un déficit de plus de 255 milliards de FCFA. Ce gap devra être financé par des emprunts et appuis budgétaires extérieurs.

« il faudra être rigoureux »

Le statisticien et économiste Djoret Biaka Tedang estime qu’il faudra une gestion rigoureuse pour tirer profit du budget d’investissement public qui a franchi pour la première fois la barre de 45% du budget national.

Pour lui, les dépenses de fonctionnement financent les enseignants, la santé, la sécurité, la maintenance, l’électricité et les services publics. Un pays peut construire une école, mais si on ne paye pas les maîtres correctement, si les manuels scolaires ne sont pas payés, si l’entretien n’est pas fait, l’école ne fonctionne pas. Donc, l’investissement ne vaut que s’il est accompagné d’un fonctionnement de qualité indique-t-il.

Selon l’expert, parfois, l’investissement paraît élevé sur le papier, mais il est fragile à l’exécution si la trésorerie ne suit pas.

« On a pu observer, par exemple, que dans ce budget-là, plus de 40 sections, c’est-à-dire ministères et institutions directrices, voient leur budget d’investissement être conduit à l’identique, ce qui présuppose que ces budgets d’investissement pour l’année 2025 n’ont pas été exécutés, ce qui est cohérent avec les plaintes des ministres eux-mêmes et avec ce qu’on peut observer sur le terrain » fait savoir l’économiste et statisticien Djoret Biaka Tedang.

© Djoret

Pour cet expert, le gouvernement doit agir sur au minimum six leviers très concrets. Le premier levier, c’est la préparation des projets avant leur inscription dans le budget, c’est-à-dire la réalisation des études techniques, une évaluation réaliste, correcte des coûts.

Il faut la disponibilité du site, il faut avoir un calendrier de mise en œuvre. Donc un projet mal préparé devient forcément un chantier à l’arrêt ou dont l’exécution devient difficile.

Si les appels d’offre démarrent en retard, l’exécution est mécaniquement faible. Il faut un calendrier public et des responsabilités claires pour que le citoyen soit lui aussi celui-là qui suit la mise en œuvre des projets.

La trésorerie doit être au rendez-vous, il faut des plans mensuels de décaissement, il faut sécuriser les contreparties des projets sur financement extérieur.

Le suivi citoyen doit pouvoir être accentué afin que les rendus ne viennent pas exclusivement à des autorités qui, semble-t-il, multiplient des faux rapports. Enfin, il faut sanctionner les entreprises défaillantes, mais aussi valoriser celles qui livrent.

Masse salariale relativement élevée

Djoret Biaka Tedang, pense qu’une masse salariale élevée n’est pas automatiquement un mal parce que l’État doit payer des agents pour fournir des services.

Il y a trois risques cependant lorsqu’elle augmente vite.  Le premier c’est qu’il y ait un effet d’éviction parce que plus la masse salariale prend de la place, et bien moins il reste pour l’investissement, la maintenance, les médicaments, les manuels, les subventions ciblées.

Deuxième chose, c’est le risque de rigidité budgétaire parce que les salaires sont difficiles à ajuster rapidement, ce n’est pas comme les investissements. Donc en cas de choc, par exemple la baisse des recettes minières, pétrolières, l’État coupe souvent ailleurs, notamment sur l’entretien, les investissements, et la qualité des services se dégrade.

Troisième chose, c’est le risque d’accumuler des arriérés si la croissance de la masse salariale dépasse celle des recettes.