Parfait Ndo-dangsou

 

Sur les quelques arbustes qui jonchent la façade rocailleuse du mont Ridjil Djama, une vingtaine de singe sautillent de branches en branches, lançant des cris stridents.

Assis sur une natte dans sa cour au pied de la montagne, Moussa Hissen Djoko observe le spectacle qui se déroule à quelques mètres de lui. Ces animaux autrefois montagnards élisent de plus en plus domicile chez les humains, à la recherche de nourriture. Pour le cinquantenaire, la cohabitation est pénible.

« Au départ, les singes restaient loin des habitations. Ils avaient peur des humains et restaient dans les montagnes. Aujourd’hui, ils descendent dans les quartiers, cassent des jarres, courent sur les toits, renversent des casseroles et font parfois même tomber des murs » se plaint-il.

Dans le quartier, les habitants ont adopté des mesures de protections. Des épines sur les toitures de maisons et au-dessus des murs ne dissuadent plus les singes perçus par Moussa comme une menace, surtout pour les enfants.

« Ils se battent entre eux pour la nourriture, prennent des galettes dans les mains des enfants, et les griffent parfois. Ils n’ont plus peur des habitants que nous sommes et deviennent agressifs, surtout envers les visiteurs ».

Moussa réclame une action urgente des autorités environnementales. Il serait plus judicieux, d’après lui, que les autorités prévoient des points de nourriture et d’eau dans leur zone naturelle pour les y retenir car les déplacer ne servirait à rien : « ils reviendront toujours », estime-t-il.  Au-delà de la peur, Moussa Hissen Djoko s’inquiète de la sécurité et de l’hygiène.

Empiètement humain ou manque de ressources ?

Du côté des autorités, on évoque des raisons climatiques. Le délégué de l’environnement, de la pêche et du développement du Guéra, Tchaksing Alexandre Homi, explique que la canicule, la raréfaction des ressources alimentaires en montagne et l’urbanisation incontrôlée poussent ces primates à descendre dans les quartiers habités. Sur leur passage, les enfants et les personnes âgées, sont souvent victimes de morsures. « Ce sont des cas graves, avec des risques de transmission de maladies comme la rage » s’inquiète-M. Tchaksing.

Aucune mesure concrète n’est encore mise en œuvre pour encadrer cette cohabitation ‘’forcée’’. Le délégué plaide pour la création d’abreuvoirs en montagne, l’approvisionnement en eau et en nourriture en période sèche, afin de maintenir les animaux dans leur habitat naturel.

En attendant, il appelle les populations à éviter d’agresser les animaux : « Un babouin blessé devient dangereux. Il faut plutôt les repousser calmement vers leur zone », suggère le délégué.

Il lance également un appel aux partenaires et bonnes volontés pour appuyer la province dans la recherche de solutions durables.

Les babouins font partie intégrante de la faune au Tchad.  La législation interdit leur chasse au même titre que certaines espèces comme les éléphants.