Entretien réalisé par Foka Mapagne.
Foka Mapagne : Après plus de trente ans dans l’enseignement, qu’est-ce qui vous pousse à rester fidèle à ce métier ?
Kimtolngar Ngartosoum : La formation des enfants. J’adore les enfants. Qu’y a-t-il de plus gratifiant que de prendre un élève en difficulté, de le former jusqu’à ce qu’il réussisse ? C’est un plaisir partagé entre la famille et celui qui lui transmet le savoir.
C’est cela qui fait ma fierté aujourd’hui. Ce n’est pas l’argent, mais le fait de former des personnes qui deviendront de grands hommes et de grandes femmes : des médecins, des présidents, des députés.
L’enseignement m’a toujours attiré. Quand j’étais en première, j’intervenais déjà en troisième. Quand j’étais en terminale, j’intervenais en seconde en français. Cela m’a permis de découvrir très tôt le goût du métier d’enseignant. C’est pour cette raison que, lorsque j’ai terminé mes études, j’ai choisi de m’orienter vers l’enseignement. Et voilà, je m’y trouve encore aujourd’hui.
F. M : Depuis vos débuts jusqu’à aujourd’hui, quelles sont les principales évolutions que vous avez observées dans le métier d’enseignant ?
K. N : L’enseignement est en train d’évoluer. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, nous évoluons également.
Il y a d’abord une grande facilité dans la recherche de l’information. Chaque jour, lorsque l’enseignant est connecté, il peut enrichir davantage son cours et le message qu’il souhaite transmettre. Je trouve que c’est une très bonne chose. Il y a donc une nette amélioration dans le système éducatif tchadien.
Avant, nous avions essentiellement des documents et des livres. Pour préparer un cours, il fallait consulter plusieurs éditions, confronter les sources et construire son cours à partir de ces documents.
Aujourd’hui, les livres sont parfois délaissés au profit des recherches sur Internet. Avec Google, par exemple, on peut accéder à l’information en temps réel. Il y a donc véritablement une évolution dans ce sens. Un cours se prépare toujours à partir de plusieurs sources.
F. M : Avec votre expérience, quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles les enseignants sont confrontés ?
K. N : D’abord, vous avez entendu comme moi qu’il y avait eu une grève l’année dernière. Cette grève a conduit à une situation qui a failli aboutir à une année blanche.
Je trouve très difficile qu’un enseignant fasse cours et qu’à la fin du mois, il n’arrive pas à manger à sa faim. C’est terrible. Lorsqu’un enseignant mange mal, il dispense également très mal son cours.
L’enseignant doit avoir l’autorité nécessaire pour enseigner. Tant qu’il n’a pas cette autorité, il ne peut pas véritablement enseigner. L’enseignement est un art. On ne peut pas se lever un matin, sans préparation, et venir simplement dire que l’on va dispenser un cours. C’est quasiment impossible.
Les cours se préparent en fonction des objectifs que l’on souhaite atteindre dans un chapitre donné. On ne peut donc pas se lever comme ça et dire : « J’enseigne. » Non, on n’enseigne pas de cette manière.
F. M : Vous, particulièrement, comment avez-vous fait pour réussir ?
K. N : Pour réussir, il faut côtoyer les autres. Ce que j’enseigne, si j’éprouve une difficulté, je vais également vers les autres enseignants. Il faut qu’il y ait de l’échange et du partage dans la discipline dans les différents établissements.
F.M : Pourquoi vos élèves vous estiment-ils tant ?
K. N : J’ai développé des méthodes et des techniques d’enseignement. J’ai appris ce qu’on appelle la PPO, la pédagogie par objectifs, une pédagogie conçue à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Cela signifie qu’il faut établir un partenariat avec l’apprenant avant de lui transmettre les connaissances. Tant que les objectifs ne sont pas fixés et qu’il n’y a pas également un accord de principe avec l’apprenant, il est difficile de lui transmettre efficacement le savoir.
F. M : Après toutes ces années de service, quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes enseignants qui prennent la relève ?
K. N : Nous avons un seul objectif : former les jeunes Tchadiens, partout où nous sommes affectés. Mais il faut bien faire le travail. Que ce soit dans le privé ou dans le public, il faut bien faire son travail d’enseignant.
