Parfait Ndo-dangsou
C’est à travers une conférence, la troisième du genre, que N’djamena a affiché, mi-mars 2026, son ambition de faire de la culture du blé, un des leviers de sa souveraineté alimentaire.
Cette céréale est très consommée au Tchad, surtout en cette période de ramadan où les bouillies issues de sa transformation sont très prisées dans les foyers. Aussi, le pain, dont la fabrication dépend fortement de la farine de blé, fait partie des produits les plus consommés dans les ménages.
Mais pour le moment, le pays n’a pas la capacité de satisfaire la demande qui s’élève à plusieurs dizaines de tonnes par jour.
Lors de la campagne agricole de 2025 par exemple, le pays a produit entre 2 300 et 2 500 tonnes sur environ 2 000 hectares, principalement localisés dans la zone du lac Tchad et les oasis du Nord. Cette production ne représente qu’1 % de la récolte céréalière nationale.
À cause de cette faible production locale, le pays est exposé à la fluctuation des prix à l’international. Pour preuve : le pays a expérimenté une hausse de 25% des prix du pain, suite à des perturbations, causées par le début de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, les deux premiers producteurs mondiaux de blé.
Une conférence pour se relancer
La 3eme Conférence régionale sur le blé tenue à N’Djamena du 09 au 11 mars, a permis de réfléchir sur l’adoption de technologies à haut rendement pour le blé, mais aussi pour d’autres cultures stratégiques tel que le maïs et le sésame d’après les autorités tchadiennes chargées de l’agriculture.
Elle aura aussi permis d’ouvrir la voie à la mobilisation d’investissements publics et privés pour développer la filière. Une feuille de route régionale pour la transformation de la filière blé a été élaborée et une déclaration dite de N’Djamena a été adoptée en faveur de la souveraineté alimentaire.
Les participants dont l’Institut de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD), des chercheurs de haut niveau ainsi que la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) se sont mis d’accord pour le financement d’un projet de recherche intitulé « Améliorer la production de blé dans les régions tropicales d’Afrique », impliquant le Tchad, le Nigeria et le Sénégal.
Les autorités s’accordent à dire que le pays affiche un fort potentiel de culture de blé, notamment les terres fertiles du bord du lac Tchad. Le gouvernement a créé en 2024, un Centre national de spécialisation sur le blé, piloté par Institut de Recherche et de Développement ITRAD.
Avec ces instruments, N’djamena voudrait jouer un rôle de premier plan dans l’innovation agricole pour réduire le déficit céréalier dans la région.
Entre ambition et exonération
Pour 2026, les prévisions de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture FAO et de l’Institut Nationale de la Statistique, des Etudes Economique et Démographique INSEED anticipent une croissance modérée, visant un seuil proche des 3 000 tonnes.
Cette dynamique devrait s’appuyer, selon le gouvernement, sur la modernisation des infrastructures rurales annoncée en février 2025 par les autorités en charge de la production et de l’industrialisation agricole.
Face aux importations céréalières qui ont atteint près de 240.000 tonnes en 2024, la production locale reste donc pour le moment largement déficitaire, et les autorités comptent encore sur l’importation pour combler le déficit.
En décembre 2025, le gouvernement a décidé d’exonérer de droits et taxes, l’importation de plusieurs denrées alimentaires dont le blé. Cette initiative devrait contribuer à stimuler les importations, réduire le coût de l’acquisition et en améliorer l’accès sur le marché, estiment les autorités tchadiennes.
