Foka Mapagne
Au grand marché d’Abéché, Mariam est venue faire des emplettes, mais le constat en cette fin de matinée est amer: les prix des céréales ne sont plus les mêmes que ceux pratiqués il y a quelques jours.
« Regardez, le coro (unité de mesure locale) de sorgho qui était vendu à 500 FCFA coûte aujourd’hui 1000 FCFA. Celui qui a de l’argent peut vivre sans trop se plaindre, mais celui qui n’en a pas et qui se débrouille au quotidien ne pourra pas s’en sortir facilement », lance la jeune dame.
Un peu plus loin, Abdoulaye est venu constater de lui-même la réalité. Devant un autre point de vente de céréales, le père de famille est littéralement obligé de sortir la calculette.
« Sérieusement, nos femmes à la maison se plaignent. Avant, en tant que père de famille, je donnais entre 2 000 et 2 500 FCFA pour la ration quotidienne. Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. » Pour cette fois, il est obligé de retourner à la maison le panier à moitié vide, face à la flambée des prix.
Des stocks qui se réduisent
Si les prix augmentent, c’est en partie en raison d’une fluctuation dans les stocks. Assise sous son hangar fait de seko, Kaltouma, vendeuse au marché d’Abéché, évoque les difficultés d’approvisionnement.
Mais au-delà, elle pointe du doigt les coûts du transport et les différentes taxes qui accentuent la pression sur les prix.
Grogne des exportateurs
Cette hausse des prix ne se limite pas au Ouaddaï. Dans les provinces du Guéra et du Salamat, des acteurs du marché rapportent également une augmentation, avec des sacs vendus 10 000 à 20 000 FCFA plus cher selon les produits et les marchés concernés.
La flambée arrive alors que le 09 septembre dernier, le ministère chargé du commerce a mis fin à l’exportation des céréales ( du mil, du maïs, du riz et du blé).
Mais, la mesure affecte les opérateurs qui approvisionnaient les marchés extérieurs. Djibrine Idriss Souleymane, exportateur basé dans le Mayo-Kebbi Ouest déplore une décision non concertée: « Le gouvernement a décidé unilatéralement d’interdire l’exportation de céréales. En tant qu’opérateur-exportateur des oléagineux, des céréales, ça impacte négativement nos activités. On devait être associés avant que le gouvernement ne prenne sa décision.»
En outre, selon lui, les relations avec les partenaires à l’extérieur du pays commencent déjà à se fragiliser. « Actuellement, nous avons plusieurs contrats avec nos partenaires de l’extérieur. Un climat de méfiance pourrait s’installer entre nous, en raison de la décision du gouvernement », explique-t-il.
La dernière interdiction d’exportation de céréales au Tchad remonte à 2022. Les autorités ont également invoqué un déficit pluviométrique et des tensions sur l’approvisionnement alimentaire.
Quatre ans plus tard, la mesure est de nouveau appliquée, dans un contexte marqué par des inquiétudes sur les réserves céréalières et les incertitudes liées aux prochaines récoltes.
