Khadidja Douga
Le secteur des mines au Tchad fait l’objet de réformes visant à renforcer sa gouvernance et sa transparence. Entre l’organisation de l’orpaillage, l’amélioration du cadre réglementaire et l’application de la norme ITIE, les autorités affirment vouloir mieux encadrer l’exploitation des ressources minières et en accroître les retombées économiques.
L’une des principales mesures concerne l’organisation du couloir d’orpaillage, initiée en 2022 dans un contexte marqué par des affrontements récurrents entre orpailleurs. Pour faire face à cette situation, l’État a confié à la Société Nationale d’Exploitation Minière et de Contrôle (SONEMIC) l’exclusivité de l’organisation et de la gestion des sites d’orpaillage.
Selon Asbagui Batmo, chef de division des mines et de la géologie à la SONEMIC, cette décision a « permis de rétablir un certain ordre sur les sites et d’améliorer la gouvernance du secteur ».
Un potentiel minier encore mal connu
Le Tchad dispose de ressources minières dont le potentiel est jugé important. Des indices d’antimoine ont été identifiés à Aouzou, tandis que des gisements aurifères sont signalés dans plusieurs régions, notamment au Batha, à Kouri et à Pala. Toutefois, les données disponibles restent insuffisantes pour évaluer avec précision les quantités et les teneurs exploitables.
Les autorités ont engagé un processus d’inventaire minier national, avec une première phase couvrant une superficie de 371 000 kilomètres carrés. « Elle a consisté à réaliser des analyses multispectrales et à compiler les données géologiques et minières disponibles depuis l’indépendance. À l’issue de cette étape, la zone de recherche a été réduite à environ 165 000 kilomètres carrés afin de mieux cibler les futures explorations », explique Asbagui Batmo.
Dans le cadre de ses missions, la SONEMIC intervient également dans l’encadrement des exportations de produits miniers. Elle est chargée de l’octroi des autorisations d’exportation et a mis en place un guichet unique pour certaines filières, notamment l’or. Un système informatique de suivi permet par ailleurs de contrôler les flux d’exportation et de surveiller les activités minières sur les sites.
La transparence au cœur des réformes
Parallèlement, le Tchad affirme vouloir renforcer la transparence dans la gestion de ses ressources extractives. Le pays est membre depuis 2007 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), une norme internationale qui promeut la divulgation des informations relatives aux revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles.
D’après Karim Lourimi, administrateur indépendant pour le compte de l’ITIE au Tchad, cette initiative repose sur un mécanisme de dialogue associant l’État, les entreprises et la société civile. Elle couvre notamment le cadre réglementaire et institutionnel, la mobilisation des recettes, la lutte contre la corruption, ainsi que les impacts sociaux, économiques et environnementaux dans les zones de production.
Chaque année, l’ITIE publie un rapport dressant un état des lieux du secteur extractif et formulant des constats et recommandations pour améliorer sa gouvernance.
Malgré les réformes engagées, l’activité minière au Tchad demeure majoritairement artisanale. Si ce mode d’exploitation contribue à l’économie locale et à l’emploi, sa contribution au produit intérieur brut reste limitée, estimée à environ 1 %. Les autorités affichent désormais l’objectif de porter cette contribution à 5 %, conformément aux orientations dégagées lors du SEMICA.
