Foka Mapagne

Selon les données de la mairie de N’Djamena, une dizaine de cas de noyades ont été recensés à N’Djamena depuis le début de l’année 2026. Le phénomène s’est accéléré avec la montée des températures, pourtant à 58 au cours des 12 derniers mois dans la capitale tchadienne. 

Les quartiers situés sur les berges comme Walia, Farcha, Gassi ou Goudji figurent parmi les zones les plus exposées. 

Loin de la capitale, les eaux font aussi pleurer dans d’autres villes, comme Sarh, où elles ont ôté la vie à trois élèves il y a quelques jours, et quatre autres sont morts noyés à Koumra dans le Mandoul dans des circonstances similaires.

Pas de statistiques nationales sur la question, mais pour les riverains des abords du fleuve Chari, les causes de ces drames sont liées à l’attrait de l’eau en période de canicule, l’absence de surveillance parentale et la faible maîtrise de la nage chez les enfants constituent des facteurs déterminants.

« Quand la chaleur augmente, les enfants cherchent à se rafraîchir et se rendent au fleuve sans encadrement. C’est là que surviennent les accidents », explique Paul Kaza, un riverain du quartier Gassi, habitué à intervenir lors de tentatives de sauvetage.

À cela s’ajoutent les activités quotidiennes telles que la lessive ou le maraîchage, qui exposent les populations riveraines souvent obligées de recourir aux eaux du fleuve pour diverses activités.

Malgré les interdictions de baignade, la fréquentation des berges reste élevée. À Gassi, non loin du fleuve, piroguiers, maraîchers et habitants partagent un environnement où les risques sont constants. « Nous assistons régulièrement à des noyades. Parfois, nous intervenons, mais il est déjà trop tard », confie André Naji, un piroguier.

Le délégué du 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, Paul Fanguizouné, pointe des facteurs structurels. Les trous creusés de manière anarchique pour la fabrication de briques, souvent abandonnées et remplies d’eau, constituent des pièges mortels, notamment pour les enfants.

Il souligne également les limites de l’action publique face aux comportements individuels : « On peut sensibiliser, interdire, mais il est difficile d’empêcher totalement les gens d’accéder à l’eau. Certains prennent des risques, parfois sous l’effet de l’alcool, et l’eau impose ses lois. »

Face à cette situation, la municipalité affirme renforcer les mesures de prévention. « Nous intervenons pour interdire les creusements anarchiques et nous multiplions les campagnes de sensibilisation. Mais sans l’implication des parents, les efforts restent limités », ajoute-t-il.

À Sarh, face au fleuve qui continue de faire des victimes, le coordinateur provincial de l’Association des Parents d’Élèves du Moyen-Chari, Thomas Ndoubadé Yandjim, souligne que des actions de prévention ont été engagées. Des séances de sensibilisation ont été menées dans les salles de classe et relayées à travers les médias afin de réduire les risques de noyade et mieux protéger les enfants, explique-t-il.