Dans une interview accordée au Studio Hirondelle Tchad, en marge de la troisième conférence régionale sur le blé tenue à N’Djamena, le secrétaire exécutif permanent de la Fédération Nationale des Organisations des Producteurs de Semences au Tchad, Mapouki Manemon, estime que la culture du blé peut jouer un rôle important dans la sécurité alimentaire du pays.

Propos recueillis par Parfait Ndo-dangsou

Parfait Ndo-dangsou : Quel a été l’apport de la Fédération Nationale des Organisations des Producteurs de Semences du Tchad dans les activités de la 3eme conférence régionale sur le blé ?

 Mapouki Manemon : On peut raisonnablement considérer que la Fédération des Producteurs de Semences a contribué à la conférence régionale sur le blé. C’est autour de quatre axes principaux. D’abord la représentation des producteurs de semences et particulièrement la Fédération du Lac ; la mise en expérience de la culture du blé dans cette province, la contribution à la planification même de la filière blé et l’engagement pour la diffusion de futures variétés.

PN : Sur le plan de la recherche, quelles sont aujourd’hui les variétés de blé développées ou expérimentées au Tchad ?

MM : A ce jour le Tchad ne dispose pas encore d’un catalogue très large de variétés nationales de blé comme on en trouve pour le sorgho ou l’arachide. Mais plusieurs pistes existent. Il y a de cela quelques temps, nous utilisons des variétés importées.  Il y a le penjamo, Somps 90, Mexipak et Duilio. Nous avons aussi du blé dur du Kanem qui est expérimenté de façon traditionnelle et qui sert pour la bouillie.

PN : Pensez-vous que la culture du blé apporterait plus dans la sécurité alimentaire ?

MM : Oui, la culture du blé peut apporter un plus dans la sécurité alimentaire du Tchad. Mais sous certaines conditions claires. Le Tchad importe la quasi-totalité de sa farine de blé. Ce qui expose le pays au choc des prix internationaux. Par exemple, il a été démontré qu’à N’Djamena, on utilise au moins 58 tonnes de farine de blé par jour pour la fabrication du pain. Ce qui équivaut à 30 millions de francs CFA. Et s’il faut tirer vers un an, on va peut-être à 10 milliards.  Il y a aussi des pâtes, des semoules …

S’il y a une volonté, une synergie entre les acteurs de la chaîne de valeur, c’est-à-dire la recherche, les producteurs, les transformateurs et les commerçants, nous pourrions assurer cette sécurité alimentaire.

PN : En 2025, le blé a été récolté au lac Tchad et certaines dans les oasis du nord (2 300 – 2 500 tonnes qui représentent 1% de la récolte céréalière nationale). Quelles sont les bonnes pratiques que vous recommandez aux producteurs pour améliorer la production ?

MM : D’abord le choix variétal des semences. Il faut utiliser les semences testées par l’ITRAD, qui est notre institut de recherche au Nouveau-National.

Le respect du calendrier : parce que ce n’est pas une culture qui se fait à tout temps. C’est une culture qui se pratique beaucoup plus en saison froide.  Mi-octobre, on peut déjà emblaver. Il y a aussi la gestion de la fertilité du sol, la gestion de l’irrigation, le stockage,… ce sont des bonnes pratiques adaptées à la culture du blé.

 PN : Après la conférence sur le blé, comment voyez-vous les perspectives de la filière ?

 MM : Après cette conférence régionale de ce type, je pense que les perspectives pour la filière du blé au Tchad peuvent être envisagées sur 4 axes stratégiques.  D’abord, il faut le renforcement de la recherche, et puis du comité national du blé.

Il faut ensuite une mise en place d’une véritable filière structurée, surtout l’organisation des acteurs, des chaînes de valeur. Il faut développer une industrie de transformation locale, ça c’est aussi important. Et enfin l’intégration même du blé dans les politiques de souveraineté alimentaire.

Et peut-être une dernière chose à dire, la culture du blé peut se faire sur l’ensemble du territoire. Que ce soit à Bangor dans les casiers ou partout ailleurs, on peut l’expérimenter.