Denis NGARNDIGUINA

Le document affiche les logos de plusieurs organisations internationales, notamment Basic Health International (BHI), Health Poverty Action, Together for Health Network, Merit Health Medical Group et Global Health Corps. Les candidats sont invités à envoyer leur curriculum vitae à une adresse Gmail afin de recevoir un lien de candidature.

SaoCheck et le Studio Hirondelle Tchad ont examiné le document, les échanges transmis aux candidats ainsi que les différentes étapes du processus de recrutement présenté. Les éléments recueillis montrent qu’il ne s’agit pas d’une procédure de recrutement fiable.

L’annonce demande aux candidats d’envoyer leur CV à l’adresse électronique « zakariadjibrinee@gmail.com ». Après l’envoi du dossier, les postulants reçoivent un message contenant un lien Google Forms destiné à compléter leur candidature.

Le contenu du message indique :

« Nous vous remercions pour l’intérêt que vous portez à ce projet. Nous vous invitons à compléter votre candidature en remplissant le formulaire ci-après (…) Merci de partager. »

Capture d’écran du mail reçu

Après avoir cliqué sur le lien contenu dans le mail, voici le formulaire qui s’affiche.

Capture d’écran du formulaire

Cette invitation à diffuser massivement le lien constitue un premier signal d’alerte. Les procédures de recrutement professionnelles n’encouragent généralement pas les candidats à relayer eux-mêmes les formulaires de candidature auprès d’autres personnes.

L’analyse du processus révèle ensuite une deuxième étape. Après avoir renseigné leurs informations personnelles dans le formulaire, les candidats reçoivent un document PDF leur annonçant leur sélection comme agents enquêteurs du projet P-ESS.

Le document promet notamment :

  • une rémunération totale de 519 000 FCFA pour un mois d’activité ;
  • une indemnité de déplacement de 12 000 FCFA ;
  • une formation préalable obligatoire ;
  • la délivrance d’un badge d’identification muni d’un code QR.

Cependant, avant de participer à cette formation, les candidats sont invités à payer la somme de 4 790 FCFA pour couvrir les frais de badge et d’impression des documents de formation.

Le paiement doit être effectué via Airtel Money après l’envoi d’une photo d’identité aux adresses Gmail « zakariadjibrinee@gmail.com » ou « fatoumatakondi@gmail.com ».

Cette demande d’argent constitue l’un des principaux indices d’une arnaque au recrutement. Les organisations légitimes prennent généralement en charge les frais liés à leurs procédures internes et ne conditionnent pas l’accès à une formation ou à un emploi au versement préalable d’une somme d’argent.

L’analyse du document de recrutement soulève également plusieurs interrogations concernant les organisations citées.

Les logos de Basic Health International (BHI), Health Poverty Action, Together for Health Network, Merit Health Medical Group et Global Health Corps sont utilisés pour donner une apparence officielle à l’annonce. Pourtant, aucune publication similaire n’a été retrouvée sur les sites internet ou les canaux de communication officiels de ces organisations qui d’ailleurs ne sont pas présentes sur le territoire tchadien.

Aucune information publique ne permet non plus de confirmer l’existence d’un projet intitulé « Projet d’Évaluation des Services de Santé (P-ESS) » porté conjointement par ces structures au Tchad.

L’absence de publication sur les canaux officiels constitue un élément important. Les organisations internationales communiquent habituellement leurs recrutements sur leurs sites web, leurs réseaux sociaux officiels ou à travers des plateformes spécialisées de recrutement. La diffusion exclusive d’un appel à candidatures par WhatsApp est inhabituelle pour ce type d’organisations.

Les adresses utilisées dans le processus constituent un autre indice préoccupant. Les échanges sont réalisés exclusivement à travers des comptes Gmail personnels. Aucune adresse professionnelle associée à une organisation ou à un domaine institutionnel n’est utilisée.

Par ailleurs, les candidats sont amenés à transmettre plusieurs données personnelles, notamment leur curriculum vitae, leurs coordonnées et leur photographie d’identité. Ces informations peuvent être exploitées à des fins d’usurpation d’identité ou dans le cadre d’autres opérations frauduleuses.

L’ensemble de ces éléments correspond à un mode opératoire fréquemment observé dans les fausses campagnes de recrutement circulant sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Le procédé consiste à utiliser l’image d’organisations connues pour instaurer un climat de confiance, à collecter des informations personnelles puis à demander une somme d’argent sous prétexte de frais administratifs ou de formation.

Conclusion : l’analyse de l’annonce, du formulaire de candidature et du document de sélection révèle de nombreux signaux d’alerte. Aucune preuve ne permet d’établir un lien entre cette opération de recrutement et les organisations dont les logos sont utilisés. La demande de paiement, l’utilisation d’adresses Gmail personnelles, l’absence de communication officielle et la diffusion quasi exclusive via WhatsApp indiquent qu’il s’agit d’un contenu trompeur présentant les caractéristiques d’une arnaque au recrutement.

Les internautes sont invités à ne pas effectuer de paiement, à ne pas transmettre de documents personnels supplémentaires et à vérifier systématiquement les offres d’emploi sur les canaux officiels des organisations concernées.