Succès Djimtebaye
En 2025, la question des fake news a pris une place centrale dans le débat public au Tchad. À l’aube de 2026, Le Studio Hirondelle Tchad dresse un tableau de tendances à surveiller pendant les douze prochains mois.
Jamais le paysage informationnel tchadien n’a été aussi saturé de contenus trompeurs comme en 2025. Sur Facebook, WhatsApp, TikTok ou Telegram, les fake news ont été difficiles à contenir.
Leur impact est allé au-delà du numérique, pour façonner la perception de l’actualité, les comportements et parfois même les décisions politiques.
Selon l’UNESCO, la désinformation constitue aujourd’hui « l’un des principaux défis mondiaux pour la stabilité démocratique et la confiance institutionnelle » (rapport 2023).
Au Tchad, plusieurs événements récents ont révélé la puissance de ces manipulations. « Nous n’avions jamais vu une telle intensité », confie un journaliste de fact-checking à N’Djamena.
Les fausses nouvelles se sont multipliées au rythme des débats politiques, de la fermeture des bases militaires françaises en 2025 et des crises sanitaires.
Cette dynamique est alimentée par un facteur central : la migration de l’information vers les groupes privés.
Selon une étude menée par le cabinet Global Box Services en 2025, au Tchad, les jeunes ubain.es s’informent principalement à travers internet et la radio. Dans les villes, les réseaux sociaux sont privilégiés.
WhatsApp, en particulier, joue un rôle déterminant dans la diffusion de rumeurs, car il combine intimité, rapidité et crédibilité sociale.
Au Tchad, la désinformation prend aujourd’hui des formes multiples et structurées, touchant aussi bien la politique que l’économie, la santé, l’emploi et les réseaux sociaux.
Ce sont les principaux terrains sur lesquels il faudra garder un œil en 2026.
Désinformation politique
Acteur historique de la manipulation numérique, la sphère politique reste l’un des espaces où les fake news prospèrent le plus.
En période électorale ou de transition, des vidéos sorties de leur contexte, des discours modifiés ou des citations inventées circulent massivement.
« L’objectif est souvent d’influencer l’opinion ou de discréditer un adversaire », analyse un politologue tchadien.
Les campagnes sont rarement spontanées : elles s’appuient sur des groupes WhatsApp structurés, des pages anonymes et des relais d’influence informels. Ce mécanisme n’est pas propre au Tchad : l’ONG AfricaCheck note que « dans toute l’Afrique, la désinformation politique est fortement liée au calendrier électoral » (rapport 2024).
Bien que le Tchad n’organise pas d’élection en 2026, cette tendance reste à surveiller, étant donné qu’il n’est pas exclu que des acteurs politiques se livrent à des manipulations pour des positionnements pour des nominations à de hautes fonctions.

Manipulations économiques et commerciales
Le champ économique n’est pas épargné. L’affaire de la Farine Yes en 2022 en reste l’exemple le plus documenté.
Une rumeur, affirmant que le produit serait impropre à la consommation, avait provoqué un boycott massif avant d’être démentie par les autorités.
Derrière l’anecdote se cache une réalité : la désinformation peut servir des intérêts commerciaux, de concurrence ou de sabotage économique.
Selon ISSA BRAHIM, opérateur économique, « les rumeurs commerciales constituent une menace croissante pour la protection du consommateur et la confiance économique ».
Avec l’avancée des pratiques en ligne comme le e-commerce, il est important de rester vigilant au sujet de la désinformation économique.

Les fausses offres d’emploi
Autre phénomène en pleine explosion : les faux concours et les fausses offres de recrutement. Chaque semaine, des jeunes paient des frais de dossier pour des postes inexistants dans des ONG, des institutions ou des ministères.
Le Studio Hirondelle Tchad a démonté plusieurs fausses offres d’emploi et de bourses en 2025. Il faudra garder un oeil sur ce type de désinformation en 2026, au regard de la prégnance du chômage dans le pays.

Les intox sanitaires
Depuis la pandémie de COVID-19, les questions de santé sont devenues un espace majeur de circulation des fake news. Lors des campagnes de vaccination contre la rougeole ou la poliomyélite, des audios WhatsApp affirmaient que les vaccins « stérilisent les enfants » ou seraient « des armes biologiques ».
L’OMS rapporte qu’en 2023, des refus de vaccination en Afrique centrale ont conduit à une aggravation des cas de rougeole dans cinq pays, dont le Tchad.
À cela s’ajoute la montée des « guérisseurs digitaux » qui vendent des décoctions ou des produits miraculeux via Facebook.
Entre août et septembre 2025, le Studio Hirondelle Tchad a pu dénombrer plus d’une centaine de pages facebook promouvant des traitements non homologués, parfois en violation des directives des autorités sanitaires du Tchad.

Les contenus sensationnalistes et canulars
Très répandus sur WhatsApp, ces contenus jouent sur la peur, le gain facile ou l’humour.
Leur circulation massive rend la distinction entre opinion, rumeur et information de plus en plus floue.
Une étude menée par Tchad Plus en 2025 montre que « 41% des personnes exposées ne savent pas distinguer un canular d’une information authentique ».

Manipulation extérieure
Dans le Sahel, la désinformation s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique plus large. Depuis 2020, des campagnes anti-français, anti-occidentales et pro-russes ont émergé au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad.
La fermeture des bases militaires françaises en 2025 a déclenché une vague de propagande numérique. Des vidéos affirmant que des soldats français livraient des armes à Boko Haram ou qu’ils avaient été attaqués par des abeilles ont été partagées des milliers de fois.
Pour le politologue nigérien Ibrahim Yahaya, « le Sahel est devenu un laboratoire de guerre informationnelle où se mêlent puissances étrangères, acteurs locaux et réseaux citoyens » (conférence Dakar Média 2025).

Pourquoi ces fake news circulent-elles si facilement ?
Les chercheurs identifient plusieurs facteurs :
- faible culture numérique : la vérification est peu pratiquée
- méfiance envers les institutions : les rumeurs comblent le vide
- communication officielle lente : le temps du numérique est instantané
- pression socio-économique : chômage, inflation, frustration sociale
- logique émotionnelle : les fake news séduisent parce qu’elles choquent
Une étude de MIT’s Media Lab montre que « les fake news ont 70% plus de chance d’être partagées que les vraies informations car elles déclenchent des émotions fortes » (MIT, 2022).
Conséquences : confusion, polarisation et risques sociaux
Contrairement à l’idée selon laquelle la désinformation serait sans effet réel, ses impacts sont bien visibles :
- confusion dans l’opinion
- érosion de la confiance (médias, autorités, science)
- décisions basées sur des rumeurs (emploi, santé, consommation)
- polarisation communautaire et politique
- fragilisation du vivre-ensemble
Selon RSF, « la désinformation mine la cohésion sociale et représente une menace directe pour la stabilité démocratique » (Rapport 2024).
