Khadidja Douga
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 50 % des Tchadiens ont accès à des soins essentiels à moins d’une heure de marche de leur domicile. Le pays souffre d’une faible densité médicale, avec 0,85 médecin pour 10 000 habitants, contre 2,6 en moyenne en Afrique. Les infirmiers et sages-femmes sont également en nombre insuffisant on compte 1,67 pour 10 000 habitants, alors que la moyenne continentale s’élève à 11,3.
L’Ordre national des médecins du Tchad alerte sur une répartition très inégale du personnel de santé. Près de 80 % des médecins exercent à N’Djamena, laissant de vastes zones du pays quasiment dépourvues de professionnels qualifiés. À cela s’ajoute la faiblesse des infrastructures : le pays ne dispose que d’un lit d’hôpital pour 2 000 habitants. Cette situation pousse de nombreux patients à recourir à des alternatives non conventionnelles, souvent au péril de leur santé.
Des mécanismes d’assistance encore insuffisants
Pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables, les autorités ont lancé la Couverture Santé Universelle (CSU), assortie d’un régime d’assistance médicale destiné aux personnes économiquement démunies. En avril 2025, le ministre de la Santé annonçait que plus de 40 000 personnes avaient été identifiées comme éligibles dans plusieurs districts sanitaires, notamment à Abéché, Bongor et Danamadji.
Toutefois, dans cette première phase de mise en œuvre, seules 10 000 personnes ont effectivement bénéficié de la prise en charge. Sur le terrain, l’opérationnalité réelle du dispositif reste difficile à évaluer. D’autres mesures, telles que la gratuité ciblée pour certaines urgences médicales ou l’intervention d’organisations non gouvernementales, demeurent ponctuelles et ne couvrent qu’une partie des populations dans le besoin.
La menace persistante des « docteurs tchoukou »
Dans ce contexte de pénurie et d’inégalités d’accès aux soins, certains patients se tournent vers des praticiens non qualifiés, communément appelés « docteurs tchoukou ». Ces pratiques informelles constituent un risque majeur pour la santé publique.
Dès 2022, le ministère de la Santé avait tenté d’endiguer le phénomène. Une note circulaire signée par le Dr Abdoulaye Sabre Fadoul interdisait la présence des vendeurs de médicaments ambulants aux abords des établissements de santé et rappelait que tout exercice médical sans supervision est illégal.
De son côté, le Syndicat des médecins du Tchad (SYMET) dénonce la prolifération de centres de formation clandestins, capables de délivrer en quelques semaines des diplômes frauduleux à de »prétendus professionnels de santé. »
Des opérations de contrôle sont régulièrement menées par le ministère de la Santé et l’Ordre national des médecins, pouvant aboutir à la fermeture de structures illégales et à des poursuites judiciaires. Pourtant, les « docteurs tchoukou » continuent d’exercer dans plusieurs localités, profitant du manque d’infrastructures sanitaires et de la vulnérabilité des populations.
