Nathalie RASSEM

Dans son atelier du quartier de Walia dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, Merveille Allah-Yamel Tatola n’a pas de temps pour détourner le regard.  Sa matinée est consacrée au nettoyage de ses produits finis. Devant une étagère blanche placée dans un coin de son salon, elle passe en revue des objets de tout genre.

Son chiffon blanc passe et repasse sur des bocaux, des statuettes et des sous tasses, questions de leur redonner une brillance, avant l’amballage d’une commande passée la veille. Cette tâche terminée, la jeune dame de 28 ans, tout sourire dans son blazer rouge, trempe sa main dans la résine. Elle a en tête, la fabrication d’un bocal décoratif.  Alors que de l’autre côté, des mains jointes, produites pour le compte d’une cliente le veille, l’attendent pour être déroulées  C’est l’exemple parfait d’une journée de travail pour Merveille, depuis qu’elle s’est lancée dans la fabrication d’objets à base de résine, il y a un an.

Une passion découverte sur les réseaux sociaux

En 2025, Merveille scrolle sur les réseaux sociaux, lorsqu’elle tombe sur une vidéo consacrée à la fabrication d’objets en résine.C’est de là que naît une passion. Curieuse, elle décide de se former. C’est à Yaoundé au Cameroun qu’elle acquiert les premières techniques de fabrication, auprès d’une tutrice déjà rompue à la tâche dans ce domaine.

Puis, au fil des essais et des commandes, elle perfectionne son savoir-faire. « Voilà les moules en silicone qu’on utilise pour fabriquer des vases. On mélange la poudre avec de l’eau et du sable. Moi, je connais déjà les mesures, je sais quelle quantité d’eau et de poudre utiliser, puis on mélange le tout », explique-t-elle

Le matin ou nous lui rendons visite, elle doit effectuer une tâche qui demande précision et concentration: le démoulage. « Il y a des techniques de démoulage pour ne pas casser ou abîmer les vases. Donc, on démoule délicatement. » Précise Merveille.  Après quelques minutes d’exercices minutieux, elle ressort … objet, prêt à être mis sur le marché.

Les réseaux sociaux comme moyens de vente

Pour le moment, elle ne dispose pas de boutique physique. Son petit espace de vie s’est transformé à la fois en atelier, et lieux d’exposition, mais surtout en vitrine pour les réseaux sociaux. Depuis son meuble d’exposition disposé dans un coin de son salon, elle produit des vidéos et des photos, qu’elle expose à une communauté de plus de 11 000 abonnés sur ses différentes plateformes numériques.

Une stratégie qui lui permet de dépasser les frontières de la capitale et de toucher une clientèle parfois dans tout le Tchad.« Je reçois beaucoup de commandes sur les réseaux sociaux, venant même de grandes personnalités. Il y a des décoratrices événementielles qui commandent chez moi. Beaucoup de personnes me connaissent uniquement grâce aux réseaux sociaux, puisque je n’ai pas encore de boutique physique. »

Matière première en asie

Pour élargir encore sa clientèle, la jeune entrepreneure collabore également avec des boutiques et des supermarchés qui commercialisent ses produits. « Je peux dire que vraiment, mon pays m’a soutenue et je suis très reconnaissante. » se félicite -t-elle 

Aujourd’hui, une grande partie de ses moules est importée d’Asie. Un choix qui pèse sur les coûts de production. « Le prix des matières premières est trop cher. Par exemple, quand tu commandes, ça peut venir par 40 ou 50 kilos. Un kilo peut coûter 10 000 francs CFA et ça revient vraiment très cher. »  Mais la jeune entrepreneure veut progressivement inverser la tendance.Son rêve est de concevoir elle-même ses propres moules et de créer des modèles inspirés du patrimoine, de la culture et de l’identité tchadienne. À terme, elle souhaite également ouvrir sa propre galerie consacrée aux objets décoratifs, de faire grandir son entreprise, et de valoriser davantage l’identité tchadienne à travers ses créations.