Ville cuvette, Abéché, chef-lieu de province du Ouaddaï, est configuré comme un réceptacle des eaux pluviales des localités environnantes.
La forte démographique favorisée par l’afflux des réfugiés soudanais vient rajouter une couche aux défis d’assainissement, alors qu’une épidémie de choléra sévit dans la ville.
Les zones les plus touchés par le manque d’hygiène sont les quartiers populaires, les gares voyageurs et surtout les petits marchés.
Au quartier Zongo qui longe le cours d’eau dénommé Wadi Alkamil dans le 6e arrondissement, la pratique de la défécation à l’aire libre inquiète. « Ça nous donne des odeurs nauséabondes, même si ce n’est pas le choléra, ça va causer d’autres maladies » Alerte Abdelmadjit, habitant du quartier.
Pour lui, le chef de quartier n’arrive penne à endiguer cette pratique faute d’électricité. « La nuit, c’est l’obscurité totale et des gens viennent d’autres quartiers pour y faire leur besoin » se désole-t-il.
Les défécations ainsi déposées sont transportées par les eaux pluviales, parfois jusque dans des sources d’eau potables ou des espaces de vie quotidienne.
« Nous déplorons ces cas, nous demandons aux responsables concernés vraiment de faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard » soutient un autre habitant.
Non loin de là, au petit marché de Taradona dans le 2e arrondissement, les aliments sont exposés à même le sol, et côtoient des ordures de toute nature et des flaques d’eau.
Avec des moyens limités, des organisations locales comme l’association la Voix de la femme pour la médiation, la négociation et leadership féminin et l’association Agir pour un enivrement saint, essaient d’apporter des réponses à ce manque l’hygiène et d’assainissement.
« Des séances de sensibilisations populaires, des théâtres forums et microprogrammes radiodiffusés sont réalisé ponctuellement » confient les responsables ces associations.
La mairie centrale de la ville tente bien que mal de contenir l’insalubrité. Abou, chargé d’hygiène et assainissement dans cette mairie confie que des dispositions sont prises pour faire face à cette question. « La nouvelle équipe a mis en place une stratégie pour construire des latrines communautaires dans certaines zones afin de pallier ces problèmes. Nous envisageons aussi d’élaborer une stratégie avec les locataires pour réglementer les la gestion des latrines dans les cours communes » informe le fonctionnaire de la mairie.
Défécation à l’air libre
La saison des pluies en cours montre les limites des infrastructures d’assainissement, les canaux de drainages débordes, alors que la province du Ouaddaï, tout comme celle du Sila font face à une épidémie de choléra, qui a déjà coûté la vie à 98 personnes, selon le dernier décompte des autorités.
Abdelmadjid Hassan Abbo, le maire de Goz Beida dans le Sila n’est pas moins inquiet. Alors que le cholera affecte sa ville, il est lui, sans moyens pour prémunir ses administrés. « Le manque, sinon, l’insuffisance des infrastructures d’assainissement a contribué et contribuera à l’épidémie de choléra dans le Sila » se résigne l’élu local.
Sa ville fait face à un manque d’infrastructures d’assainissement, comme la plupart des localités du pays. Plus de 11 millions de tchadiens défèquent encore à l’air libre.
Ce problème doit être résolue par des toilettes sécurisées, le gouvernement estime qu’au rythme de progression actuel de ce domaine, il faudra attendre jusqu’en 2074 pour atteindre une satisfaction complète.
En zone rurale, 7 tchadiens sur 10 font encore leurs besoins dans la nature, contre 15% en milieu urbain. En clair, 4 personnes sur 100 de la population en milieu rural ont accès à des toilettes respectant les standards, alors qu’un peu moins d’une personne sur 3 vivants en ville y ont accès.
De nombreuses provinces notamment le Batha, le Barh El Gazal, l’Ennedi Est et Ouest, le Guera, le Hadjer Lamis, le Lac, le Logone Oriental, le Mandoul, le Mayo Kebbi-Est, le Ouaddai, la Tandjile, le Wadi Fira, et le Sila ont des taux de défécation a l’air libre est au-delà de la moyenne nationale qui est 63%.
Manque d’eau et d’assainissement
L’eau et l’assainissement sont l’objectif de développement durable numéro 6. Selon cet objectif fixé par les Nations Unies en 2015, toute la population mondiale devrait avoir accès à l’eau et à l’assainissement de base d’ici 2030. Mais à 5 ans de l’échéance, le Tchad est encore loin du compte.
Si l’on s’en tient aux termes du forum sur l’assainissement qui s’est tenu à N’djamena, seul 11% de la population ont accès aux services d’assainissement géré en toute sécurité.
Pour ce qui est du traitement des déchets, le Tchad ne dispose d’aucune station de traitement des boues des vidanges ou des eaux usées. Les boues sont collectées par des entreprises privées et déversées dans la nature dans des espaces dit « carrière ».
Concernant les eaux pluviales, le pays subit régulièrement les effets des inondations. La gestion des eaux de pluie reste une préoccupation majeure de la population aussi bien dans les grandes agglomérations proches des zones inondables que dans les zones rurales. Une partie de la capitale N’Djamena par exemple, est inondée à chaque période de crue et plusieurs quartiers sont répétitivement déclarés sinistrés.
Pour y faire face, une infrastructure de drainage dans les zones Est de N’Djamena a été construite dans les 7e et 8e arrondissements il y a une vingtaine d’années. En 2023, les travaux du drainage du canal des jardiniers ont démarré et la fin des travaux est prévue cette année même.
Pour tenter de trouver des solutions durables à ce problème, les autorités tchadiennes ont organisé du 02 au 04 septembre 2025, un forum sur l’assainissement. Au tour de la table : acteurs du publics et Privés, décideurs et membres de la société civile. Objectif, produire une feuille de route, devant permettre de résoudre le déficit en infrastructures de drainage, ainsi que le manque d’eau et de toilette dans tout le pays.
Le forum recommande de renforcer le cadre légal dans le domaine et de veiller à son application stricte, d’allouer et rendre disponibles des ressources spécifiques, rendre fonctionnel le mécanisme de coordination intersectoriel prenant en compte les secteurs de la santé, de l’environnement, de l’urbanisme, de l’eau, de l’infrastructure et de l’éducation.
L’urgence, disent les participants, est d’encourager la formation sur l’assaisonnement dans les curricula scolaires, universitaires et professionnels. Sensibiliser à la participation citoyenne.
Parfait Ndo-Dangsou
