Foka Mapagne
Dans son modeste atelier du quartier Habena, à N’Djamena, la jeune entrepreneure façonne à la main sacs, chaussures, éventails et tableaux décoratifs. Chaque pièce est pensée, découpée et assemblée avec minutie. « Je fabrique mes chaussures ici, à la main. C’est du made in Tchad. Certains modèles sont uniques à mon style », affirme-t-elle avec fierté.
Autour d’elle, des piles de pagnes aux couleurs éclatantes habillent l’espace. Les tableaux décoratifs, conçus à partir d’images imprimées et assemblées avec précision, témoignent de son sens du détail et de sa capacité à sublimer les matières disponibles sur le marché local.
Dans son atelier, chaque coup de ciseaux et chaque couture racontent une histoire : celle d’une jeune femme qui, à travers le pagne local, redessine son avenir et participe à la valorisation du patrimoine artisanal tchadien. Pour Rosine, l’artisanat ne se résume pas à une activité génératrice de revenus. Il s’agit d’un outil d’émancipation. Chaque vente consolide son autonomie financière et renforce sa confiance.
« Je gagne certes quelque chose, mais le plus important reste la satisfaction de mes clients. Grâce à cette activité, je subviens à mes besoins et j’apporte aussi un soutien à certains membres de ma famille », confie-t-elle, le sourire aux lèvres.
Son aventure entrepreneuriale s’appuie également sur le numérique. Avec une communauté de plus de 20 000 abonnés cumulés sur les réseaux sociaux, Rosine valorise ses créations au-delà de la capitale. Les commandes en ligne affluent depuis plusieurs villes du pays, notamment Moundou, Koumra et Abéché.
Surnommée « Rosine la Sérieuse », la jeune bachelière diplômée en 2022 ne garde pas son savoir-faire pour elle. Elle organise des sessions de formation à l’intention des jeunes, en particulier des femmes désireuses d’apprendre le métier de l’artisanat.
Après deux sessions organisées en décembre et janvier, Rosine Nodjidéné poursuit l’accompagnement de ses apprenantes à travers conseils pratiques et suivi personnalisé. Pour elle, transmettre, c’est semer des graines d’autonomie.
Malgré des moyens financiers limités et un espace de travail exigu dans son salon, Rosine ne renonce pas à ses rêves. Son ambition vise à créer un centre de formation dédié aux métiers de l’artisanat et ouvrir ses créations au marché international. En attendant, elle continue de perfectionner ses techniques, s’inspirant de tutoriels et d’expériences d’artisans du monde entier accessibles en ligne.
