Interview réalisée par Gisèle Othomi
Gisèle Othomi: Dr Mahamat Brahim Dahab, dites-nous, c’est quoi la dengue et comment cette maladie se transmet-elle ?
Dr Mahamat Brahim Dahab: La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques tigres. Elle fait partie des maladies infectieuses tropicales. Mais elle est particulièrement différente des autres infections qu’on a comme le paludisme.
G O: Comment distinguer la dengue du paludisme dont les symptômes peuvent être similaires ?
Dr. M B D: Il y a beaucoup de ressemblances entre les deux maladies. Les personnes qui viennent en consultation pensent souffrir du paludisme. C’est ne qu’après des examens médicaux, qu’on découvre qu’elles sont atteintes de la dengue.
La particularité de la dengue, c’est la douleur rétro-orbitaire (douleur derrière les yeux), une fatigue intense et la fièvre persistante. Vous allez voir des gens qui vont prendre des traitements avant de venir à l’hôpital, mais leur état ne s’améliore pas.
Une autre particularité de la dengue est cette asthénie invalidante. Les patients peuvent également ressentir des douleurs articulaires, musculaires, semblables à celles provoquées par un rhumatisme.
G O: Quelles sont les personnes les plus exposées à cette maladie ?
Dr. M B D: Tout le monde est exposé à la dengue. Nous avons des facteurs environnementaux qui favorisent la multiplication des moustiques. Les moustiques responsables de la transmission de la dengue, piquent beaucoup plus le matin.
Mais, lorsque le système immunitaire est affaibli, les risques de complication peuvent être plus importants. Les personnes qui ont une immunité basse, les diabétiques, les femmes enceintes, les enfants, ceux qui ont de l’hypertension ainsi que celles présentant d’autres maladies associées nécessitent une surveillance accrue. Les moustiques ne font pas de distinction. Le plus important c’est de se protéger contre les piqûres des moustiques.
G O: Existe-t-il un traitement spécifique contre la dengue ?
Dr. M B D: Il n’existe pas encore de traitement pour la dengue. Mais, la bonne nouvelle est que, dans plus de 70% des cas, c’est des cas simples qui guérissent en cinq à huit jours. Mais, il y a des rares cas qui se compliquent.
Lorsque nous diagnostiquons la dengue chez un patient par exemple, nous mettons sous traitement symptomatique, c’est-à-dire un traitement en fonction du signe que présente le malade.
Si le malade souffre de maux de tête, nous lui administrons du paracétamol. Et s’il présente des complications, telles que des vomissements ou de la diarrhée, nous prenons également ces symptômes en charge.
Certains patients présentent des troubles de coagulation, d’autres souffrent du saignement. Donc le traitement dépend de l’état clinique du malade.
Le plus important, nous disons à la population, si vous présentez de telles symptômes, à la maison vous pouvez prendre seulement du paracétamol, et d’éviter l’automédication avec des anti-inflammatoires notamment le diclofénac, l’ibuprofène et l’aspirine. Pourquoi ? Parce que ces médicaments peuvent aggraver les troubles de coagulation et augmenter le risque de saignement, ce qui peut être fatal pour le patient.
G O: Est-ce qu’il y a plusieurs types de dengue ?
Dr. M B D: Il y a quatre types du virus de la dengue. Il y a le type 1, 2, 3 et 4 et ils appartiennent tous à la famille des flavio-virus. Mais quel que soit le type de dengue, ils ont les mêmes racines et sont très méchants surtout le quatrième type.
L’infestation est la même, le mode de transmission est le même, les manifestations cliniques se ressemblent, mais certaines formes peuvent entraîner des complications graves. Donc, quel qu’en soit le type, le plus important, c’est la prévention, qui est l’arme pour se protéger.
G O: Beaucoup de gens pensent que la dengue est une maladie contagieuse. Qu’est-ce que vous en dites ?
Dr. M B D: Non, la dengue n’est pas une maladie contagieuse. Ce sont des gens qui ont peur de côtoyer les malades qui disent cela. Même avant-hier, nous avons reçu un patient dont la famille se demandait si elle pouvait manger ensemble. Les gens ont déjà peur et puis cette crainte circule sur les réseaux sociaux. Mais je tiens à rassurer que la dengue n’est pas une maladie contagieuse. Donc, n’ayez pas peur.
G O: Est-ce qu’il y a des tests qui peuvent détecter rapidement la dengue dans les centres de santé ?
Dr. M B D: Oui, il y a des examens qui permettent de détecter la dengue. Il y a les tests rapides, les IGG et les IGM. Il suffit de prendre seulement une goutte de sang, on met sur la cassette, on ajoute un réactif et ensuite on pourra lire le résultat. Donc les personnes infestées au tout début de leur symptomatologie, dans les premiers jusqu’à cinq jours, nous allons voir des anticorps qui apparaissent, qui nous témoignent que la personne est infestée.
G O: Quels sont les bons réflexes à adopter pour éviter de contracter la dengue ?
Dr. M B D: Il faut se protéger, que ce soit dans la matinée ou dans la soirée et éviter autant que possible là où les moustiques prolifèrent, car, il est très difficile de distinguer les moustiques responsables de la transmission de la dengue et autres moustiques.
Il faut protéger les enfants et les personnes vulnérables. Qu’ils dorment sous une moustiquaire. Il faut aussi, pulvériser la maison avec des insecticides et surtout surveiller les eaux stagnantes.
Devant toute fièvre, dans une zone ou la dengue circule, il faut avoir le réflexe de dire, tiens, est-ce que ce n’est pas la dengue ? Est-ce que ce n’est pas le paludisme ? Est-ce que ce n’est pas autre chose ? Et très rapidement, il faut faire parvenir le patient pour se faire consulter par un agent de santé compétent.
