Foka Mapagne
Début d’année scolaire perturbée pour Youssouf Azalo. Lunettes noires sur le visage, d’une tenue traditionnelle bien repassée, Youssouf Azalo doit dispenser son premier cours de l’année au Lycée de Goudji, dans le 10ème arrondissement de N’Djaména.
Mais, il devra repasser une autre fois, toute la cour du Lycée est inondée, conduit par son cousin, devenu un inséparable compagnon, prend le chemin des locaux du Studio Hirondelle Tchad.
Tout jovial, il garde à portée de main un sac qui contient notamment sa tablette et son poinçon, des outils indispensables pour la prise de notes pour un non voyant.
« Nous, en braille, quand on écrit, on va de la droite vers la gauche. Mais quand on lit, on lit de la gauche vers la droite », explique-t-il.
Youssouf Azalo Djabar, déficient visuel depuis la naissance, enseigne depuis quinze ans l’Histoire et la Géographie dans les établissements secondaires publics au Tchad.
Unique enseignement non voyant dispensant des cours dans les établissements secondaires du Tchad, il dit avoir choisi le métier par amour et par vocation.
Pour préparer ses cours, l’enseignant doit cependant composer avec le manque de supports pédagogiques adaptés aux personnes déficientes visuelles. Il s’appuie sur ses anciens cours, ses recherches et les résumés que lui fournissent ses proches.
« La grosse difficulté, c’est le manque de documents. Car nous n’avons aucun document pour les déficients visuels au Tchad », déplore-t-il.
Malgré ces difficultés, Youssouf Azalo Djabar refuse de considérer sa déficience visuelle comme une limite à son activité professionnelle.
« J’ai mis la déficience à côté et je me suis engagé à travailler comme les autres, faire comme les autres et pourquoi pas mieux qu’eux. C’est pourquoi, dans les établissements où je suis passé, ils ont eu satisfaction et je suis fier », souligne-t-il.
Aujourd’hui, sa tablette, son poinçon et ses anciens documents constituent ses principaux outils de travail. Avec l’aide de ses proches, il effectue également des recherches pour préparer ses enseignements.
Avec un ton calme, il raconte que son parcours n’a pas toujours été simple. Puisque dans certains établissements, il affirme avoir été confronté à des attitudes de marginalisation, notamment lors de la prise de service. Malgré tout, il dit poursuivre son engagement auprès de ses élèves.
« Un jour, j’étais venu dans un établissement pour prendre service, mais ils se sont retrouvés, proviseurs, censeurs, surveillants, autour de la personne de Youssouf Azalo que je suis, pour réfléchir et statuer sur ma personne », raconte t-il.
À 46 ans, cet homme malvoyant est titulaire d’une maîtrise obtenue à l’université de Dschang, au Cameroun, après une licence à l’université Adam Barka d’Abéché en 2006. Son parcours témoigne, selon lui, de la nécessité de dépasser les préjugés liés au handicap et de favoriser l’autonomie des personnes déficientes visuelles.
Youssouf Azalo Djabar appelle les personnes vivant avec une déficience visuelle à ne pas se laisser enfermer dans le statut de « handicapé », mais à développer leurs capacités et à compter sur elles-mêmes.
