Foka Mapagne
Dans une salle du centre d’alphabétisation de Doba, c’est le tour de Marie Rémadji. La trentenaire quitte son banc et se place devant un tableau sur lequel elle doit lire un texte, “connais tu mon beau village”, un classique de Frédéric Bataille, qu’elle déclame avec un brin de sourire.
Nous sommes mercredi, c’est jour de classe pour des femmes adultes dans ce centre spécialisé dans la matière, dans le chef-lieu du Logone Oriental.
Dans cette vague, une dizaine de femmes ont décidé de renouer avec les cours. Objectif: savoir au moins lire, écrire et compter, pour pouvoir s’en servir dans leur vie quotidienne.
Milamem Rosine en fait partie. Contrainte de quitter l’école très jeune, elle peut se réjouir des fruits de ses efforts d’adulte.
« Maintenant, je maîtrise peu à peu la lecture. Je n’ai plus trop de difficultés à lire les messages sur mon téléphone. Je peux même compter de l’argent en français. En tout cas, je dis Dieu merci, car ces apprentissages m’aident beaucoup dans ma vie quotidienne. »
Tout comme elle, Jeannette, tenancière d’un atelier de couture dans la ville, voit du changement dans ses activités.
« Dans notre atelier, avant de découper et confectionner un habit, nous prenons les mesures du client et notons son nom afin d’éviter toute confusion. Aujourd’hui, je réussis à faire tout cela grâce à l’alphabétisation rendue possible par notre association. »
Manque d’enseignants
Derrière cette embellie, des efforts qui se heurtent à de nombreuses difficultés, à en croire Brahim Gartoïdé, inspecteur pédagogique de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle dans la province.
Il déplore l’insuffisance des encadreurs et des animateurs. A cela s’ajoute le manque de moyens financiers ainsi que le faible nombre de partenaires techniques et financiers.
“Ces contraintes limitent la capacité des centres à accueillir davantage d’apprenants et à étendre leurs activités dans les zones qui en ont le plus besoin”, explique-t-il.
Alors, pour faire de l’alphabétisation un levier d’autonomie, Brahim Ngartoïdé plaide pour le renforcement des programmes d’alphabétisation mais aussi de les adapter aux besoins des populations, tout en facilitant l’accès des personnes vulnérables aux formations. Puisque, poursuit il, la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul facilite la gestion d’une activité économique, l’accès à l’information, les démarches administratives et la participation à la vie communautaire.
Taux d’alphabétisation le plus faible au monde
Aujourd’hui, lire, écrire et compter restent des compétences difficiles d’accès pour une grande partie de la population tchadienne. c’est-à-dire que 7 tchadiens 10 ne sont pas alphabétisés.
Le Fonds des Nations Unies pour la population estime que les femmes sont la couche la plus exposée à ce phénomène.
Les facteurs qui expliquent ce faible taux d’alphabétisation sont entre autres l’éloignement des établissements scolaires, l’insuffisance des infrastructures et les difficultés économiques qui limitent l’accès à l’éducation, selon l’UNESCO.
Pour de nombreux adultes, ce sont les responsabilités familiales ainsi que les activités génératrices de revenus qui rendent également difficile leur participation régulière aux formations.
Afin d’inverser la tendance, le Tchad mise sur l’alphabétisation pour adulte, alliant le français et 37 langues locales. Le pays compte actuellement 2 876 centres d’alphabétisation actifs.
