Mercredi après-midi, au centre d’orientation et d’informations des jeunes de Bongor dans le Mayo Kebbi Est, une trentaine de jeunes assis en cercle suivent attentivement une séance de sensibilisation.
L’enseignement au menu du jour est un sujet qu’on aborde généralement en catimini, ou pas du tout : le planning familial, à l’occasion de la journée mondiale qui lui est consacrée.
“Il y a beaucoup de couples qui souffrent de ce problème, des femmes qui sont malades, qui n’arrivent pas à se tenir, parce qu’elles n’ont pas respecté le planning familial, cet échange pourra peut-être m’aider dans l’avenir”, lance un jeune participant.
Ici, les participants sont âgés entre 17 et 30 ans. Au milieu d’eux, les sensibilisateurs veulent faire passer un message, celui de la nécessité d’espacer les grossesses d’au moins deux années.
C’est “un intervalle qui permet au corps de la femme de récupérer pleinement après une grossesse et contribue à réduire les risques pour la mère et l’enfant”, souligne l’un des sensibilisateurs.
Halalah Ngayam est un habitué de ce type de séances. Président de l’Association tchadienne pour le bien-être familial à Bongor, il dit avoir observé une évolution au fil des échanges : « Au début, les gens étaient réticents. Personne ne voulait parler parce que c’était tabou. Mais au fil des discussions, les langues se sont déliées. Je suis très content de voir que les gens arrivent de plus en plus à en parler sans complexe. »
Des obstacles qui persistent
Opération réussie peut-être à Bongor lors de cette sensibilisation? Mais la difficulté persiste, souvent encouragée par la culture et la religion.
Selon les données officielles, 860 femmes sur 100.000 (860/100000) au Tchad meurent encore en donnant la vie, et un bébé sur 100 (1/100) meurt à la naissance, bien que cela inclut le manque de soins.
L’indisponibilité des contraceptifs, l’éloignement des structures de santé ou poids des normes sociales : plusieurs facteurs peuvent freiner le recours à la contraception. Les adolescents et les jeunes sont particulièrement concernés.
Chez les adolescents, les enjeux sont importants. 36 % des filles âgées de 15 à 19 ans ont déjà commencé leur vie reproductive. Parmi elles, 30 % ont déjà eu un enfant et 6 % sont enceintes de leur premier enfant.
En 2024, plus d’un million de jeunes ont bénéficié de services de santé reproductive au Tchad, dont plus de 215 000 ont déclaré avoir utilisé une méthode moderne de contraception.
L’UNFPA estime que 43 % des femmes en union souhaitent attendre au moins deux ans avant une prochaine naissance, tandis que 12 % ne souhaitent plus avoir d’enfants.
En 2024, 645 063 femmes ont été sensibilisées aux méthodes modernes de contraception au Tchad, d’après le rapport annuel de l’agence des Nations unies chargée de la santé sexuelle et reproductive. Mais l’accès aux services reste encore inégal.
Mais au Tchad, où les familles nombreuses restent fortement valorisées, nombre d’entre elles avouent vouloir en moyenne 8,2, alors que le pays compte en moyenne 6,4 enfants par femme selon l’UNFPA, c’est le taux de fécondité le plus élevé au monde.
